Le NM F.-A. Gauthier

Saga du NM F.-A. Gauthier: un manque de vision?

Depuis la mise en service du traversier NM F.-A. Gauthier pour assurer la traverse maritime entre Matane et Baie-Comeau-Godbout, les problèmes techniques de ce navire ont engendré passablement d’arrêts de service. C’est particulièrement le cas maintenant pour les propulseurs qui ont provoqué sa mise en cale sèche pour auscultation approfondie et une date projetée de remise en service reportée en août 2019.

En rappel, la Société des traversiers du Québec (STQ) avait annoncé en 2009 le remplacement du NM Camille-Marcoux et lancé un appel d’offres international en 2012 pour se doter d’un nouveau traversier pour la liaison entre le Bas-Saint-Laurent et la Côte-Nord, comportant une nouvelle technologie de propulsion au gaz naturel liquéfié (GNL). Le chantier maritime italien Fincantieri s’est vu octroyer le contrat d’ingénierie et de construction au coût de 148 millions $. Le coût final sera par la suite révisé à la hausse à 175 millions $, avec la mise en service du nouveau traversier en juillet 2015.

On se rappellera également que la STQ avait utilisé l’ancien traversier NM Camille-Marcoux pour prendre la relève du NM F.-A. Gauthier en mai-juin 2016 durant son inspection de garantie en cale sèche. La STQ avait fait effectuer des travaux de maintenance de 2,258 millions $ en 2012 sur le NM Camille-Marcoux au chantier Verreault Navigation à Les Méchins. C’est donc dire qu’il était encore bon pour le service à ce moment. Par la suite en 2017, la STQ a mis le NM Camille-Marcoux au rancart, et dépensé une somme de 2,3 millions $ pour en assurer le démantèlement.

Depuis l’arrêt de service du NM F.-A. Gauthier en décembre 2018, la STQ a dû faire appel à des navires de la CTMA pour prendre la relève, avant d’acquérir et de mettre en service le NM Apollo vieux de 49 ans et acheté au coût de 2,1 millions $, sans compter les dépenses connexes.

La STQ a-t-elle manqué de vision? En se départissant du NM Camille-Marcoux, elle s’est retrouvée sans navire de relève pour les traverses maritimes, surtout qu’elle misait sur l’utilisation d’une nouvelle technologie de propulsion au GNL non encore éprouvée et que la construction du navire s’est effectuée en pays éloigné (Italie). Et voilà que s’ajoute la dernière tuile à tomber sur la tête de la STQ : le NM Apollo vient de heurter des équipements au quai de Godbout sur la Côte-Nord et a subi des dommages importants à l’étrave levant. Quel concours de malchance, de mauvaise décision et de manque de vision. 

Bizarre aussi que la garantie du fabricant ne soit pas plus longue qu’une seule année pour un navire de 175 millions $ : même les automobiles ont des garanties de trois ans et plus.