La journée de grève étudiante internationale pour le climat, le 15 mars, a donné lieu à d’importantes manifestations.

«S’adapter» aux changements climatiques? Notre système éducationnel me rend folle

POINT DE VUE / Aujourd’hui, je suis désespérée.

Je devrais être contente, car mon examen de français qui est supposé valider mon diplôme d’études secondaires est terminé. J’ai fait un sujet amené, un sujet posé et un sujet divisé, avec une thèse explicite. J’ai pris deux arguments forts, chacun avec une mise en contexte, des sous-arguments et une conclusion partielle. J’ai utilisé des marqueurs de relation, et toutes ces patentes-là. Toutefois, je n’ai jamais été aussi malheureuse d’écrire un texte. Parce que la question venant de notre ministère était tournée d’une façon stupide. Peut-on s’adapter au changement climatique?

Avec le document de préparation, complètement ridicule pour être honnête, on dirait que le gouvernement ne voulait juste pas nous permettre de sortir du cadre. Je comprends que c’est un cadre d’évaluation, mais choisir ce sujet pour les gens qui seront, eux et leurs enfants, les plus affectés dans un futur proche est extrêmement frustrant, surtout venant des personnes avec le pouvoir, mais apparemment sans la volonté. Comme s’il était trop tard et maintenant il faut s’adapter. On nous jette des statistiques sans tous les désastres humains qu’il y a derrière. Ils veulent fabriquer des robots à la syntaxe parfaite et l’argumentation «dans les règles de l’art» programmée à citer de l’information.

C’est pas ça la vie.

Aujourd’hui, je suis malheureuse.

Je n’ai pas eu le bonheur d’écrire. Je ne l’ai pas en ce moment non plus tellement je suis fâchée. Je suis aussi triste de moi-même. J’ai décidé d’aller avec l’argumentation facile, dire que nous avions les connaissances et les moyens, ce qui est vrai en partie, d’une approche douce et joyeuse. J’ai décidé de faire ça, malgré mes valeurs, malgré ce que l’on m’a appris par la vraie vie, malgré tout.

Pourquoi?

Parce que notre système éducationnel me rend folle. Je dois survivre. Et pour survivre, j’ai besoin de quitter cet environnement toxique, pour plein de raisons, ce que je ne peux pas faire sans avoir passé l’examen du ministère et reçu ce foutu papier!

Parce qu’on veut nous «éduquer» et nous faire «réfléchir» en nous donnant des textes vides de sens, mais pleins de statistiques qu’on pourra recracher sous forme de lettre ouverte.

Aujourd’hui, je suis désespérée, malheureuse, j’ai peur, je suis triste, honteuse et en colère.

J’ai dû me censurer. On a brimé ma liberté d’expression en me blackmailant avec mon propre diplôme. Je n’ai pas eu de plaisir à écrire.

Une source sur deux venait de l’extérieur, soit mon prof de géographie et mon prof d’histoire qui nous conscientisent mieux tous les jours que notre propre gouvernement!

0,2 %

C’est le pourcentage que représente le budget du ministère de l’Environnement avec le gouvernement actuel. C’est pas en nous faisant «réfléchir» sur les changements climatiques que ça va aider.

Aujourd’hui, je ne sais plus quoi penser. Dans tous les cas, il faut continuer à se révolter.

J’aurais tant de choses à dire, mais aujourd’hui, c’est vraiment ça qui me fait mal.