Les approches punitives et coercitives privilégiées par le ministre de l'Emploi et de la «Solidarité sociale» n'ont pas leur place, disent les auteurs de cette lettre.

S'acharner contre les plus démunis

Le ministre Blais croyait profiter du calme estival pour faire adopter en douce son règlement sur le Programme objectif emploi sans soulever la grogne une fois de plus.
Comme bon nombre de groupes et d'intervenants sociaux, nous avons déposé un avis dénonçant clairement les mesures coercitives et les coupes de prestations prévues dans cette réforme. Le tumulte de la rentrée avait donc permis au ministre de continuer à s'entêter à l'abri du jugement du public. Heureusement, une déclaration des directeurs de santé publique de Montréal et de la Montérégie publiée la semaine dernière a permis de mettre en lumière l'acharnement irrationnel du ministre Blais envers les plus vulnérables de notre société. Un acharnement plutôt gênant pour son gouvernement qui s'apprête justement à lancer sa nouvelle politique de lutte à la pauvreté. Un acharnement suspect quand on connaît la dénonciation que faisait François Blais, professeur, des mesures coercitives dans son livre vantant l'allocation universelle versée sans conditions.
Les approches punitives et coercitives privilégiées par le ministre de l'Emploi et de la «Solidarité sociale» n'ont pas leur place. Elles briment le droit à un niveau de vie décent et sont complètement inefficaces. Elles vont à l'encontre d'une politique de lutte à la pauvreté réellement solidaire et de programmes d'aide à l'intégration à l'emploi efficaces.
Selon le projet de règlement dans le cadre d'Objectif emploi, une personne seule qui, pour une raison ou une autre, ne peut se conformer au plan d'intervention verrait sa prestation de base de 628 $ par mois amputée de 224 $. Une coupe de plus de 35 %!
Imaginez une personne qui accumule les malheurs (perte d'emploi, deuil ou séparation) ou qui, pour des problèmes de santé mentale non diagnostiqués, n'arrive pas à suivre les contraintes imposées. Comment peut-on prétendre aider cette personne alors qu'on la plonge dans une détresse économique qui ne peut qu'aggraver son isolement social et son état de santé? La coupe vient amputer une prestation de base qui est déjà largement insuffisante pour combler les besoins essentiels.
Le ministre fait fausse route. Les expériences démontrent clairement que ce sont les mesures actives positives qui ont le plus de succès. Elles permettent d'aider les personnes à compléter une formation ou à intégrer le marché du travail. Ce fut d'ailleurs la conclusion de la ministre libérale de l'Emploi et de la Solidarité sociale de l'époque quand elle a retiré, en 2005, un programme qui obligeait les moins de 25 ans à participer à un parcours d'insertion en emploi. Dans son rapport sur l'application de la loi, elle précisait d'ailleurs que l'obligation de participer au programme avait eu un effet indésirable.
C'est pourquoi nous croyons que les services actuels d'évaluation de besoins, de suivi et d'accompagnement personnalisé doivent être améliorés si nous souhaitons favoriser l'intégration au marché du travail du plus grand nombre. Par contre, il faut aussi s'assurer que des emplois de qualité offrant un environnement enrichissant soient offerts à ces personnes. La valorisation du travail passe notamment par nos luttes pour un salaire minimum suffisant et des normes du travail décentes.
Enfin, il faut rappeler que plusieurs personnes inscrites à l'aide sociale intéressées à travailler sont toujours victimes de discrimination pour des raisons liées à leur condition physique ou mentale, et même sociale.
La lutte à la discrimination et la promotion de l'accès à la formation en emploi pour toutes et tous sont indissociables d'une politique de plein emploi. Nous invitons le ministre Blais à s'inspirer du bon sens démontré en 2005 par sa prédécesseure et à revoir son règlement pour en faire un véritable geste de solidarité sociale envers les plus démunis.
Luc Vachon, Président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD)
Jacques Létourneau, Président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Louise Chabot, Présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
Daniel Boyer, Président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)