L’abandon du mur anti-crues serait une grave erreur qui aurait des répercussions dans les années et les décennies à venir, signale l'auteur.

Rivière Lorette: un mur nécessaire

L’administration Labeaume a fait volte-face en arrêtant la construction de ce qui est l’élément principal du plan de protection des riverains de la rivière Lorette, présenté à plusieurs reprises depuis 2013 : le mur anti-crues. Le principal argument présenté : «le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques refuse de nous donner la confirmation qu’il sortirait les gens de la zone inondable».

Nous avons toujours eu une bonne collaboration avec les administrations en place, mais là, nous avons de la difficulté à comprendre les arguments présentés.

La carte de la zone inondable du secteur, adoptée au début des années 2000, touche quelques terrains, résidences et commerces. La nouvelle carte, présentée en 2014, en touchait beaucoup plus. À la suite d’interventions citoyennes, elle n’a pas été adoptée par le Ministère. Un projet de remodelage des berges était alors en élaboration, et le Ministère avait laissé à l’agglomération 48 mois après la fin des travaux pour lui présenter une nouvelle version de cette zone inondable.

Cet engagement est toujours en vigueur. Le ministère n’a jamais refusé de «sortir» les gens de la zone inondable! Comprenons bien le principe : c’est l’agglomération qui produit, ou modélise, la zone inondable en tenant compte des travaux sur la rivière. Ensuite, le Ministère l’approuve et donne le feu vert pour intégrer la zone au schéma d’aménagement de l’agglomération de Québec. 

L’agglomération doit produire une première version de ce que sera la zone inondable à la fin des travaux du mur anti-crues et la présenter au ministère. Je suis persuadé qu’il y aura entière collaboration du Ministère pour aller de l’avant avec la construction du mur.

Pour ce qui est des autres exigences du ministère de l’Environnement et du ministère de la Sécurité publique, s’il vous plaît, assoyons-nous tous à une même table et entendons-nous pour mener à bien ce projet. L’agglomération nous a présenté, depuis 2013, un ensemble de travaux qui protègerait le secteur pour une crue de 85 m3/seconde ainsi qu’une revanche de protection de 30 centimètres, ce qui est plus ou moins ce qui est arrivé en 2005. Maintenant, on nous parle de 70 m3/seconde, ce qui est nettement insuffisant. Nettement.

C’est un projet d’agglomération, ce n’est pas une guerre de clochers. Il y a plus de sinistrés à Québec qu’à L’Ancienne-Lorette. L’Ancienne-Lorette n’existait même pas en 2005. Près de la moitié du compte de taxes municipal de L’Ancienne-Lorette et de Saint-Augustin est perçue pour les services d’agglomération. S’il vous plaît, arrêtons cette guéguerre entre les deux villes. La rivière a toujours été un équipement d’agglomération et le sera toujours.

Oui, c’était prévisible. Oui, les administrations le savaient qu’un jour il y aurait des dégâts. Mais non, les citoyens ne le savaient pas. Pensez-vous vraiment que quelqu’un achèterait une résidence en sachant que la zone était à risque de plus en plus au fil des années? Non. Pensez-vous que ce même acheteur a le pouvoir et les moyens nécessaires pour analyser toutes les études publiées dans le passé (depuis 1973), qui concluaient noir sur blanc qu’il fallait arrêter de construire dans le secteur, qu’il était alors primordial de s’occuper de la rivière et de son bassin versant, que si le développement se continuait comme ça, il y aurait des problèmes un jour? Non.

Il est grand temps de passer en mode solution. Le département d’ingénierie et ses sous-traitants ont fait un travail titanesque. Ce serait une aberration de ne pas aller de l’avant. Le processus de présentation du projet au bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) était une démarche intelligente de la part de l’agglomération. Il est normal d’en ressortir avec des préoccupations et des ajustements à faire sur un projet d’une telle envergure.

L’abandon du mur anti-crues serait une grave erreur qui aurait des répercussions dans les années et les décennies à venir.

Nous faisons confiance en tous les intervenants concernés pour qu’une solution satisfaisante soit élaborée. Rapidement.

Denis Lavoie, Vice-président, Regroupement sinistrés entraide