«Notre plan de relance doit inclure des solutions durables (garderies, garantie d’emploi, compensations financières pour les mères) afin de freiner le sort évident de nombreuses femmes devenues victimes économiques de la pandémie», écrit l'auteure de cette lettre d'opinion.
«Notre plan de relance doit inclure des solutions durables (garderies, garantie d’emploi, compensations financières pour les mères) afin de freiner le sort évident de nombreuses femmes devenues victimes économiques de la pandémie», écrit l'auteure de cette lettre d'opinion.

Rentrée scolaire 2020: un recul de vingt ans pour les femmes!

Annik Chalifour
Annik Chalifour
Toronto
POINT DE VUE / Mardi 8 septembre, mon deuxième petit-fils (10 ans) débutait l’année scolaire graduellement, deux jours par semaine (mardi et mercredi) à compter de 9h15. Ma fille l’a conduit à l’école ce premier matin de la rentrée, tandis que je gardais ses deux plus jeunes (4 et 7 ans). Ils débutaient l’école virtuelle à la maison ce vendredi 11 septembre de 9h à 14h30.

Elle est revenue penaude à la maison. Son fils n’est pas inscrit sur la liste des élèves prenant l’autobus scolaire tel qu’elle l’avait demandé. Une erreur inexpliquée, inexplicable… Cela compliquera la logistique familiale.

Comment fera-t-elle pour assurer le transport quotidien de son fils, alors qu’elle doit en même temps être chez elle pour encadrer ses deux petits apprenants devant l’ordinateur? Leur papa, entrepreneur, doit quitter la maison très tôt, travail oblige!

Elle et son conjoint ont décidé de renvoyer leurs deux plus vieux à l’école et de garder les deux plus jeunes à domicile. Décision pas facile!

Finalement, on apprend que son fils aura une place dans l’autobus scolaire vers la troisième semaine de septembre…

Transport exigeant

L’aîné (12 ans) a lui aussi démarré l’école graduellement (mercredi et vendredi). Il doit quitter la maison vers 6h45 pour prendre l’autobus scolaire qui passe au coin de la rue à 6h50. L’école commence dès 8h15. Il sera le premier passager et le dernier passager du parcours en bus.

Exceptionnellement, mercredi dernier, ma fille quittait la maison à 7h pour aller reconduire son aîné et l’un de ses amis : leur premier jour de 7e année dans une nouvelle école. Son deuxième fils faisait aussi partie de la tournée. Leurs écoles respectives sont situées aux antipodes de la ville où ils habitent.

Trois heures plus tard, elle terminait sa virée… J’étais chez elle avec les deux cadets… Vers 15h, je pars chercher mon deuxième petit-fils (en panne temporaire de transport scolaire).

«C’est fatigant de garder le masque toute la journée. Il y a beaucoup de règles, des shields (séparateurs) entre tout l’monde. C’est la période du lunch – on mange dans la classe – que j’ai le plus aimé. Le prof était un peu plate, mais j’ai retrouvé mon meilleur ami», m’avouait-il sur le chemin du retour.

Jeudi 10 septembre, une pause bien méritée. Pas d’école pour aucun des quatre!

Stress et anxiété

On était crevés! En plus d’une logistique exigeante, il y a aussi le stress sous-jacent – à ne pas sous-estimer – associé à l’anxiété de renvoyer ses enfants à l’école en plein cœur d’une pandémie.

Car la question n’est pas de savoir s’il y aura une deuxième vague, mais plutôt quand frappera-t-elle et qui frappera-t-elle?

Vendredi 11 septembre, toute la famille debout à 6h. L’aîné retourne à l’école par autobus scolaire. Les deux petits démarrent leurs apprentissages en ligne à la maison. Le deuxième fils est en congé. Ouf!

Lundi 14 septembre, on recommencera.

Recul économique

«C’est particulièrement difficile et exigeant parce que nous (les mamans) cette année, on n’a pas vraiment eu de pause à cause de la pandémie», témoigne ma fille.

«On a enchaîné avec l’école virtuelle à la maison – dans mon cas avec quatre enfants – puis les vacances estivales ont suivi, pas comme les autres. Les enfants confinés chez nous, sans cours de natation ni camps de sports.»

«Malgré toutes ces turbulences, on doit s’efforcer de maintenir le mieux possible une routine quotidienne pour le bien-être de nos enfants.»

Ainsi, nombre de mamans doivent réduire leurs heures de travail ou suspendre temporairement leur vie professionnelle pour gérer la situation familiale en raison de la crise sanitaire.

Solutions durables

Un frein évident au redressement de notre économie. Un recul d’au moins vingt ans pour les femmes. Un retour à la case départ où notre société ne valorise aucunement le labeur des mères au foyer.

Notre plan de relance doit inclure des solutions durables (garderies, garantie d’emploi, compensations financières pour les mères) afin de freiner le sort évident de nombreuses femmes devenues victimes économiques de la pandémie.

Une question de justice et d’équité pour toutes celles qui soutiennent notre société!