L'auteure de la lettre croit que le programme Objectif emploi du ministre François Blais contribuera à enfoncer davantage des jeunes dans une détresse dont ils ont du mal à se sortir.

Renoncez à vos pénalités

Lettre au ministre François Blais et au premier ministre Philippe Couillard
Votre projet de règlement visant la mise en oeuvre du programme Objectif emploi prévoit des pénalités pour les premiers demandeurs à l'aide sociale. Comme plusieurs, ce qui m'inquiète beaucoup, ce sont les jeunes les plus marginalisés qui risquent d'écoper de cette mesure.
J'ai déjà travaillé comme intervenante dans une auberge du coeur auprès de jeunes itinérants. À l'époque, j'avais été renversée par la condition physique et psychologique de ces jeunes, dont plusieurs avaient été coupés de 150 $. On devait prêter des bottes de travail à ces jeunes pour qu'ils puissent aller travailler. Un jeune était schizophrène, mais, comme vous le savez, pour avoir une contrainte sévère à l'emploi, la personne schizophrène doit ne pas avoir travaillé au cours des cinq dernières années. 
Une jeune femme était enceinte depuis cinq mois, mais venait juste de s'en apercevoir. Un autre consommait beaucoup d'alcool, et on devait parfois faire venir la police. Une autre avait perdu la garde de sa fille, sa santé mentale en était très perturbée. Une autre, très jeune, était en rupture avec ses parents et avait des idées suicidaires. Ce sont pour moi ces jeunes qui risquent d'être affectés, alors qu'on doit leur apporter plus d'aide. 
Il est clair que votre nouveau règlement risque d'enfoncer davantage ces jeunes. Je vous souhaite de renoncer à ces coupures, déjà que l'aide sociale n'est pas suffisante pour couvrir les besoins de base. Donc, veuillez renoncer à vos pénalités.
Isabelle Dicaire, Montréal