La famille du collaborateur du Soleil sur la Côte-Nord Steeve Paradis en juin 2018, devant le Fenway Park de Boston.
La famille du collaborateur du Soleil sur la Côte-Nord Steeve Paradis en juin 2018, devant le Fenway Park de Boston.

Regretter le confinement

TÉMOIGNAGE / Dans quelques semaines, quand la vie tendra encore plus vers un semblant de «normalité», je vais probablement regretter le temps où nous étions tous confinés.

Ne vous emportez pas tout de suite! Moi aussi, comme la grande majorité d’entre vous, j’ai hâte d’avoir de véritables interactions sociales avec d’autres gens et pas à deux mètres, de revoir mes amis, mes collègues de travail et les nombreuses relations qui font en sorte que le métier de journaliste est si enrichissant.

Moi aussi, j’ai hâte d’aller au restaurant avec ma conjointe. Moi aussi, j’ai le goût de retourner dans les bars, de refaire le monde avec mes potes autour d’une bière, une IPA de préférence, pour ceux et celles que ça intéresse.

Moi aussi, j’ai hâte de revoir mes parents, qui demeurent à l’extérieur de la Côte-Nord et que je n’ai pas vus depuis le jour de l’An. En juin, mon père et ma mère auront respectivement 79 et 80 ans. Je ne sais même pas si on pourra les voir pour célébrer.

Moi aussi, je m’ennuie d’aller dans une salle de spectacles et à bien d’autres endroits où la culture se manifeste. En théorie, je voulais prendre des vacances pour aller au Festival d’été de Québec. C’est raté. Satané coronavirus!

Moi aussi, j’aurais bien voulu assister à la fin de la saison du Drakkar. Moi aussi, je voulais aller voir des matchs de baseball cet été. Ça regarde plutôt mal. J’ignore même si je pourrai aller voir les jeunes du baseball mineur sur le terrain en face de chez moi.

Comme à chaque année, j’avais mes billets pour le Grand Prix de Formule 1 de Montréal. Là aussi, je vais passer en dessous de la table, comme dirait mon père. Ce sera peut-être déplacé à l’automne, mais même aussi tard dans le temps, on ne sait rien de ce qui nous attend.

Toutefois, le confinement nous a permis de nous retrouver en famille comme jamais, une joie dont le rythme trépidant de la vie «normale» nous prive de plus en plus souvent.

Depuis le début du confinement, je vois beaucoup plus souvent mes deux enfants, de jeunes adultes qui, en temps «normal», ont chacun leurs études, leur emploi, leur vie sociale. Avant, on parvenait tant bien que mal à se réunir tous les quatre pour souper ensemble une fois par semaine, si tout allait bien. Là, c’est sept fois par semaine. Quel bonheur!

Depuis la mi-mars, notre petite famille se fait un 5 à 7 maison par semaine, avec musique, drinks et tout. On discute dans un tout autre contexte, on s’amuse et plus tard en soirée, on écoute un film ensemble. On trouve aussi le temps ici et là dans la semaine de faire des jeux de société. Pourra-t-on faire ça quand le déconfinement sera en place? Bien sûr que non!

J’ai aussi la chance de vivre avec une conjointe hors pair, toujours de bonne humeur et qui trouve toujours le positif, qu’importe la situation. En plus, elle cuisine merveilleusement bien. Au début de la pandémie, j’aurais pensé que tôt ou tard, on se tomberait peut-être sur les nerfs d’être dans la même maison à temps plein, mais même pas…

De plus, le télétravail est une réalité que je connais depuis déjà plusieurs années. Donc, aucun problème pour moi de travailler à partir de mon bureau à la maison. J’ai tout l’équipement, l’espace et la discipline nécessaires pour ça.

Très bientôt, quand la vie «normale» sera presque revenue et que le temps suivra son cours, mes enfants quitteront le cocon familial pour faire leur vie, eux aussi. Et comme tous les autres parents avant moi qui ont vécu ce moment, je serai déchiré par leur départ.

Je me souviendrai alors que pendant plus de deux mois, au printemps 2020, j’aurai eu la chance d’avoir mes grands enfants avec moi tous les jours. À ce moment-là, je regretterai le temps du confinement.

Steeve Paradis est le collaborateur du Soleil sur la Côte-Nord