À l’heure où les délits de vol de données sont un nouveau fléau à travers le monde, à la veille de l’arrivée de la connectivité 5G qui décuplera les données en circulation, au moment où s’amorce la révolution de l’intelligence artificielle, la technologie des registres distribués apparaît comme un élément incontournable.

Registres distribués, l’évolution de la chaîne de blocs

POINT DE VUE / L’Institut de gouvernance numérique publiait le 20 novembre un livre blanc sur un sujet encore peu connu, mais qui mérite qu’on s’y attarde.

Historiquement, les humains ont stocké des informations dans des lieux protégés. Évidemment, la forme de ces entrepôts a changé. Du bâtiment gardé au serveur géant hyper sécurisé, l’approche n’en est pas moins demeurée la même; ce sont essentiellement des variations sur le thème du coffre-fort.

La chaîne de blocs vient bouleverser une pratique ancienne. Le concept né en 2008 est simple. Plutôt que de bâtir à grands frais des forteresses protégées contre les intrusions, on choisira de répliquer les renseignements sur une multitude de serveurs qui seront chacun cryptés. Lors des opérations ou transactions, l’information est validée sur chaque composante et ensuite insérée dans la chaîne par un algorithme de consensus. La chaîne de blocs représente une révolution sur le plan du stockage d’information, mais aussi en ce qui concerne la sécurité des données, car la reconstitution de la chaîne par piratage et l’altération des informations de blocs existants à des fins malveillantes sont pratiquement impossibles. De plus, la chaîne de blocs est complètement transparente, son fonctionnement et ses limites étant connus par tous ses utilisateurs.

L’étanchéité de ce processus a constitué l’assise du Bitcoin et d’autres cryptomonnaies. Mais le concept émerge maintenant au grand jour avec une multitude d’applications. On parle alors de façon plus générale de «registres distribués» en référence à tout type de base de données ou de masses d’informations pouvant être ainsi décentralisées, que ce soit par des entreprises privées ou des organisations gouvernementales. Ces registres distribués peuvent fonctionner de façon autonome à l’aide de contrats intelligents, des programmes vérifiés publiquement qui sont exécutés de manière fiable par les serveurs qui maintiennent la chaîne de blocs.

À l’heure où les délits de vol de données sont un nouveau fléau à travers le monde, à la veille de l’arrivée de la connectivité 5G qui décuplera les données en circulation, au moment où s’amorce la révolution de l’intelligence artificielle, la technologie des registres distribués apparaît comme un élément incontournable.

Elle devient un nouveau symbole de cette ère numérique qui fait des données une ressource, et de la sécurité des renseignements personnels, une condition de succès. À travers le monde, les gouvernements se positionnent pour encadrer certaines applications de cette technologie, y recourir eux-mêmes, stimuler la recherche, constituer des écosystèmes entrepreneuriaux favorisant son essor et solutionner les défis qu’elle pose, notamment sur les plans technique, légal et fiscal ainsi qu’en matière d’utilisation d’énergie.

Au Québec, l’écosystème se développe. On compte des dizaines d’entreprises en démarrage. De plus grandes firmes s’y intéressent. La recherche universitaire s’anime. Des investisseurs sont à l’affût. L’objectif du livre blanc de l’IGN est de faire un tour d’horizon de ce phénomène transformateur afin de contribuer à la réflexion gouvernementale et de favoriser l’adoption de politiques publiques sur les chaînes de blocs adaptées à la réalité québécoise.

L’enjeu est éminemment stratégique. Le Québec se présente aujourd’hui comme un leader de la recherche en intelligence artificielle. Ce filon porteur s’appuie sur une maîtrise dans le domaine connexe des données massives: les données de masse ou le big data. En maîtrisant aussi la technologie des registres distribués, dont les chaînes de blocs, le Québec rassemblerait trois piliers de la nouvelle ère numérique et renforcerait son positionnement de pôle technologique.