Une manifestation à la nouvelle mouture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le 30 mai dernier
Une manifestation à la nouvelle mouture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le 30 mai dernier

Réforme du PEQ: une réforme qui nuit à l’économie du Québec et à l’avenir de nos régions

POINT DE VUE / La nouvelle mouture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) rendue publique par le gouvernement du Québec le 28 mai 2020 comporte de sérieuses lacunes minant la capacité du Québec de répondre et de réagir avec agilité aux défis de main-d’œuvre qui subsistent dans de nombreux secteurs de notre économie.

Aveuglé par un taux de chômage anormal causé par la pandémie de la COVID-19, et en dépit des assurances fournies par le ministre des Finances à l’effet que la situation rentrera dans l’ordre d’ici la prochaine année, le ministre de l’Immigration s’attaque à un programme qui faisait office d’histoire à succès en matière d’immigration au Québec avec une vision à court terme.

Visant les travailleurs étrangers temporaires qui sont en emploi au Québec ainsi que les étudiants étrangers qui complètent un programme d’étude admissible au Québec, le Programme de l’expérience québécoise est un outil de choix pour retenir ces talents francophones ici au Québec, dans nos entreprises, nos universités, nos centres de formation, nos villes et nos régions.

Tout d’abord, la réforme proposée fait passer le délai de traitement des dossiers déposés dans le programme de 20 jours à six mois, une augmentation de 900 %. Cela est loin de l’agilité administrative à laquelle on serait en droit de s’attendre du gouvernement. Ces délais supplémentaires alourdissent le système et ultimement sont nuisibles pour nos entreprises.

Plus encore, en resserrant les emplois admissibles au programme, en y retirant par exemple le poste de préposé aux bénéficiaires, le gouvernement joue à prévoir les besoins du marché du travail alors que les travailleurs postulant dans le PEQ et formant la majorité de sa cohorte occupent un emploi au moment de leur demande, en parfaite adéquation avec les besoins sur le terrain.

La réforme fait aussi passer l’expérience requise en emploi au Québec par les travailleurs d’une à trois années, ce qui représente des frais importants en renouvellement de permis de travail pour les employeurs et les employés, fragilisant leur situation dans l’attente de la résidence permanente. Avec cette nouvelle exigence, pour un travailleur en demande sur le marché du travail, le délai au Québec passe à 36 mois, comparativement à 9 mois en Ontario, un avantage indéniable pour l’économie ontarienne au détriment de la compétitivité du Québec.

Mais ce qui est le plus fâcheux dans cette réforme, c’est l’absence de respect de la part du gouvernement pour la parole donnée. En novembre dernier, le premier ministre avait engagé l’État québécois à accorder une clause de droits acquis aux étudiantes et étudiants ayant déjà entamé leurs études au Québec. Ils seraient traités selon les règles qui prévalaient lorsque nous les avons attirés à venir au Québec, règles qu’ils ont acceptées avant de s’installer ici. Or, la réforme renie cette parole, les nouvelles règles s’appliqueront à eux. C’est tout un bris de confiance. 

À la lumière de tous ces arguments, il est clair que la réforme proposée n’offre pas de gains d’efficacité, aucune promesse d’une meilleure adéquation avec les besoins du marché du travail, ne permettra pas à nos entreprises d’être plus compétitives et au Québec d’être plus attrayant.

Il n’y a pas de quoi pavoiser.