Des résidents doivent évacuer à Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Réflexion sur notre occupation du territoire

Les inondations ont mis le Québec en état d’urgence. On se rend compte qu’une partie des villes est construite dans les plaines inondables de bien des rivières. Ces terrains qui, dans un passé pas si lointain, se trouvaient au bout du champ du cultivateur ou dans le boisé au fond de celui-ci, sorte d’éponge naturelle que la nature avait mis au point au fil des millénaires.

Sage sans formation aucune que son propre bon sens, il n’établissait pas sa maison, sa grange ou son étable au bord de la rivière. Il choisissait plutôt instinctivement le point le plus élevé de sa propriété, au bord du chemin.

Le développement de nos communautés, avant ou après la mise en vigueur du zonage agricole de 1978, s’est fait sur un certain nombre de terres qui étaient autrefois occupées au printemps et ce, naturellement, par les inondations printanières. On a cru qu’il suffirait de quelques voyages de terre pour remonter le niveau du sol et drainer tout ça en installant des égouts pluviaux, des rues et des maisons. En ce faisant, on a confisqué à la nature des milliards de mètres cubes d’espace où l’eau en surplus des crues printanières avait l’habitude d’aller se réfugier chaque année en attendant les sécheresses de l’été.

La nature a apparemment repris ses droits sur son propre zonage agricole. Sa loi n’était pas écrite, elle n’avait pas besoin de l’être parce qu’elle choisit elle-même le moment où l’appliquer. L’humain s’est pensé le plus fort, mais il s’est fait prendre.

Il lui reste maintenant à réviser ses propres lois sur le zonage agricole, l’aménagement et l’urbanisme parce qu’à l’évidence il devra penser à les adapter à la nature, aux rivières et à la topographie, plus seulement aux exigences bien futiles de nos villes qui se sont presque toutes développées en volant des terres à une rivière ou au fleuve. La promenade Champlain et tout le pied du Cap, dont les citoyens de Québec et les urbanistes sont si fiers, en sont un bon exemple : autrefois, c’était le fleuve qui était là! Il nous le rappelle subtilement d’ailleurs en revenant nous voir à l’occasion sur la rue Dalhousie et à la Place des Canotiers, avec les fortes marées et les ondes de tempête.

Les populations déplacées devront aller quelque part, mais pour l’instant, rien n’est prévu dans le zonage agricole et les plans d’aménagement et d’urbanisme des communautés pour ça. Il faut non seulement y penser, mais changer d’attitude quant au fameux étalement urbain parce qu’à bien y penser, ce ne serait peut-être pas une si mauvaise chose de redonner à la nature ce qui lui appartenait à certains endroits pour aller s’installer ailleurs.