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Réduisons les risques, pas l’aide aux travailleurs

Nelson Breton
Nelson Breton
Soudeur, Sept-Îles
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POINT DE VUE / Je fais ce qu’on appelle de «l’asthme de soudeur» depuis 1989 à cause de conditions de travail nocives. Je peux encore aujourd’hui continuer d’exercer mon métier en toute sécurité, grâce aux mesures de réadaptation. Mais je crains que ce ne soit plus possible pour les prochaines générations de travailleurs, en raison des modifications contenues dans le projet de loi 59 sur la santé et la sécurité.

Ma condition a été reconnue en 1989 par la CSST de l’époque qui, à ce moment, me recommandait de trouver un autre travail. Mais j’aimais mon métier et je ne me voyais pas trouver un emploi aussi payant ailleurs. Avec l’aide de mon syndicat, j’ai contesté cette décision pour qu’on me fournisse un équipement adapté: un casque de soudure ventilé, qu’on appelle un racal. Avec ça, je peux travailler en toute sécurité.

J’ai gagné ma cause et depuis ce temps, mon masque spécial et les filtres qui viennent avec sont fournis par la CNESST. Un juge a estimé que c’était nécessaire à ma réadaptation, même si ça ne figurait pas dans la politique de ce qui devait normalement être payé par la CNESST.

Avec la réforme, ce que paie ou pas la CNESST figurerait désormais dans un règlement. Les juges n’auraient plus la même marge de manœuvre pour ordonner des mesures de réadaptation qui sortent du cadre habituel. Asthmatiques, sourds, amputés… ça deviendra plus compliqué d’obtenir des mesures de réadaptation spécifiques à la réalité d’un travailleur accidenté ou atteint par une maladie.

Grâce à la réadaptation, je peux continuer d’exercer le métier que j’aime. Je souhaite que tous les travailleurs puissent en faire autant. La réforme vise à couper dans les coûts de la réadaptation. Au-delà des chiffres dans le budget du gouvernement et des employeurs, il est question de notre vie, de notre qualité de vie, de notre dignité, une fois que le travail nous a rendu malades ou blessés.

Oui, il y a moyen de faire des économies. En investissant dans la réduction des dangers dans nos milieux de travail, il va y avoir moins de travailleurs blessés ou malades. Réduisons les risques, pas l’aide aux travailleurs et travailleuses une fois que leur santé a été affectée.