Le crucifix du Salon bleu, à l'Assemblée nationale

«Recentrer» le crucifix de l'Assemblée nationale

Depuis le drame du 29 janvier à la Grande Mosquée de Québec, à moins de 10 km de l'Assemblée nationale, nos leaders politiques cherchent à retrouver une civilité perdue dans leurs échanges et leurs débats. On voudrait en finir avec les accusations de mauvaise foi des uns et des autres dans le but de discréditer plutôt que de débattre. On cherche ainsi à en finir avec le cynisme.
Afin de démontrer leur bonne volonté retrouvée, un geste pourrait être posé très rapidement par les 125 élus. Il s'agirait, non pas de faire disparaitre le crucifix du Salon bleu, mais plutôt de le «recentrer» dans l'hôtel du Parlement de Québec. Pourquoi ne pas rescinder la décision précipitée du 22 mai 2008 - jour du dépôt du rapport Bouchard-Taylor - par laquelle nos élus ont rejeté l'une des recommandations voulant que le crucifix soit déplacé du Salon bleu à «une salle consacrée à l'histoire du Parlement»?
Les deux principaux salons de notre Assemblée nationale sont séparés, au centre de l'édifice, par un hall où le crucifix pourrait très bien être installé, au mur ou dans l'une des niches qui s'y trouvent. Il y serait aperçu par quiconque se rend au Salon bleu ou au Salon rouge, lequel sert, entre autres, à des commissions parlementaires. Un diaporama pourrait en raconter l'histoire. 
Un étage plus haut, un deuxième hall sépare l'accès aux tribunes des deux salons et à la tour centrale. Par là passent les invités des parlementaires et les citoyens voulant entendre les débats. Ce hall pourrait très bien accueillir, lui aussi, le crucifix patrimonial. 
Ainsi recentré dans l'édifice, le crucifix témoignerait, à la verticale, de notre héritage religieux. En effet, tout en haut de la tour du Parlement, flotte le fleurdelisé avec sa croix blanche dont la symbolique est évidente. De plus, prennent place tout en haut dans les niches de la façade de la tour, les statues de quatre personnages de notre histoire religieuse : deux femmes d'abord, Marie de l'Incarnation et Marguerite Bourgeoys, deux hommes un peu plus bas, Jean de Brébeuf et Nicolas Viel. 
En recentrant ainsi le crucifix de l'Assemblée nationale, nos 125 députés lui donneraient enfin un sens patrimonial, sans le reléguer à un quelconque musée. Plus que symbolique, ce geste, après le drame du 29 janvier 2017, pourrait conduire à d'autres consensus dont nous avons cruellement besoin. 
Michel Paillé, démographe et contractuel pour la Commission Bouchard-Taylor (2007-2008), Québec