Réapprivoiser la cuisine

OPINION / On estime que le marché annuel des ventes de livres de cuisine au Québec vaut entre 15 et 18 millions de dollars. Ce qui représente près de 2 $ par Québécois dépensés pour des livres de recettes. La carrière d’auteur ou autrice de livres de cuisine au Québec semble payante. En 2019, parmi les 15 volumes les plus vendus au Québec, six étaient des livres de recettes, ou des ouvrages liés à l’alimentation. Deux d’entre eux traitaient de l’alimentation végane. Au Québec seulement, il se vend annuellement près de 450 000 livres sur l’alimentation à un prix moyen d’environ 21,50 $. Les Québécois achètent plus de livres liés à l’alimentation par tête que n’importe quel autre Canadien.

On estime que le marché annuel des ventes de livres de cuisine au Québec vaut entre 15 et 18 millions de dollars. Ce qui représente près de 2 $ par Québécois dépensés pour des livres de recettes. La carrière d’auteur ou autrice de livres de cuisine au Québec semble payante. En 2019, parmi les 15 volumes les plus vendus au Québec, six étaient des livres de recettes, ou des ouvrages liés à l’alimentation. Deux d’entre eux traitaient de l’alimentation végane. Au Québec seulement, il se vend annuellement près de 450 000 livres sur l’alimentation à un prix moyen d’environ 21,50 $. Les Québécois achètent plus de livres liés à l’alimentation par tête que n’importe quel autre Canadien.

Depuis les cinq dernières années au Québec, malgré la diminution marquée des ventes de livres en général, les ventes de bouquins liés à l’alimentation ont progressé légèrement de 1,4 %. Même si l’Internet prend plus de place, les ventes de livres de cuisine et d’alimentation se montrent résilientes en sol québécois. Cependant, même si certains livres n’ont pas à prouver leur utilité, d’autres accumulent la poussière sur les tablettes ou seront redonnés en cadeau à quelqu’un d’autre. Avec tous ces livres, les Québécois passent-ils vraiment plus de temps dans la cuisine que les autres Canadiens ?

Les Québécois aiment aller au restaurant, sans aucun doute. Selon un récent sondage de l’Université Dalhousie, 42 % des Québécois aiment aller manger à l’extérieur, au restaurant ou ailleurs, au moins deux fois par semaine. La moyenne canadienne tourne autour de 39 %, toujours selon le même sondage. Près de 4,9 % des Québécois achètent chaque jour des produits prêt-à-manger au supermarché. Ce qui constitue le plus haut pourcentage au Canada, après l’Ontario qui se situe à 5,8 %.

N’oublions pas le fait que les gens mangent de plus en plus seul. Cuisiner seul ou vouloir bien manger seul pose parfois un défi. Au total, toujours selon le même sondage de Dalhousie, 23 % des Québécois mangent chaque repas seul, et 41 % le font au moins une fois par jour. La moyenne canadienne est respectivement de 23 % et 45 %. Donc les Québécois ne font pas exception et plusieurs mangent seuls. Cuisiner pour soi-même n’est jamais très stimulant.

En contrepartie, recevoir des gens à la maison incite toujours à cuisiner. Vraiment peu de gens commanderont des produits alimentaires sans rien faire de plus dans la cuisine pour accueillir des amis ou la parenté. Selon le sondage, recevoir de la visite à la maison se fait fréquemment au Québec. À ce chapitre, la belle province se démarque pleinement. Au total, 10,2 % des Québécois reçoivent des gens à la maison chaque semaine, ce qui constitue le plus haut pourcentage au Canada. La moyenne canadienne se situe sous 9 %. Comme nous servons rarement du macaroni au fromage à nos invités, les livres de recettes offrent un portfolio d’idées intéressantes à déguster autour d’une table. 

La qualité de ces livres sur les étagères des librairies ces temps-ci sort du commun. La créativité et l’originalité des auteurs et autrices se traduisent par des contenus accrocheurs agrémentés d’images et d’idées qui stimulent les sens. Tout cela pour un petit marché comme le Québec ! Le marché anglophone, quant à lui, regorge de livres écrits par des vedettes d’Hollywood qui misent sur leur notoriété et rarement sur l’ingéniosité des recettes proposées et la mise en page. Tandis que certains livres anglophones optent pour le sensationnalisme et le superflu, l’approche québécoise demeure généralement réaliste. Cela nous rappelle que tout reste dans le domaine du possible en alimentation. Ces livres nous offrent un patrimoine gastronomique incroyable, à l’image d’une société plus moderne et plus égalitaire. L’héritage de Jehane Benoît et Sœur Berthe, par exemple, reste précieux. Mais les livres que l’on retrouve aujourd’hui permettent à tout le monde de prendre sa place dans la cuisine – hommes, femmes, enfants, véganes, gens pressés, personne à budget restreint, etc. L’offre devient très inclusive comparativement à celle d’il y a seulement trente ans. 

Même si clairement les Québécois passent moins de temps dans la cuisine malgré les ventes ahurissantes de livres, il n’en demeure pas moins que ces livres permettent à tout le monde de rêver et d’imaginer une nouvelle diète ou une tablée animée. Entre amis ou avec la famille, leur contribution sociale est palpable. Les gens parlent souvent d’une nouvelle recette proposée dans une publication signée par un chef réputé, mais le manque de temps, la vie moderne et les choix de société nous amènent à faire toutes sortes de choses, sauf cuisiner davantage. Mais la pandémie pourrait tout changer. En passant plus de temps à la maison, les Québécois seront certes incités à cuisiner davantage.

Mais si les 18 millions de dollars de ventes de livres en alimentation par année n’entraînent ne serait-ce qu’une seule personne de plus à cuisiner davantage, crions victoire !

Sylvain Charlebois, professeur

Directeur principal

Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire

Université de Dalhousie, Nouvelle-Écosse