Rappelons-nous de leurs noms

Le 29 janvier, 2017 la Ville de Québec a vécu un acte de violence qui changea le Canada pour toujours. Ce jour là, un homme est entré dans le Centre culturel islamique de Québec et a ouvert le feu sur une assemblée, peu après les prières. Cinquante-trois individus ont été témoins d’une des pires fusillades que le Canada a connues. Six membres de l’assemblée ont été tués.

Leurs noms étaient Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Aboubaker Thabti, Abdelkrim Hassane et Azzedine Soufiane. If faut que nous nous souvenions de leurs noms. Les Canadiens doivent se rappeler de ce qu’ils ont vu dans leurs télévisions et lu sur leur portable à propos de cette soirée, pour que cela ne se reproduise jamais.

Je me rappelle être sortie souper ce soir-là, quand j’ai remarqué que mon téléphone n’arrêtait pas de bourdonner. J’ai vu un message inquiétant : «Appelle-moi tout de suite!» Les pensées se bousculaient dans ma tête à l’idée de ce qui pouvait se passer, et quand j’ai appris la nouvelle, mon cœur s’est brisé. Ma mère m’a dit de rentrer à la maison, de ne dire à personne que j’étais musulmane e de ne pas aller à la mosquée, par sécurité, pour quelque temps.

Des milliers d’appels semblables ont dû être faits pendant cette semaine-là à travers le pays, pour des musulmans et des gens souvent associés à notre religion. Il y avait eu de ces appels auparavant, pendant l’élection de Donald Trump, ou pour le décret anti-musulman, entre autres. Mais cette fois cela se passait chez nous et six Canadiens avaient été tués. L’idée que la haine pouvait aussi avoir ce visage au Canada est devenue une réalité.

L’islamophobie n’est pas étrangère au Canada, en aucune façon. Elle était présente bien avant l’élection de Trump. L’islamophobie, c’est-à-dire la peur, la haine et la discrimination que doivent subir les Musulmans et les groupes qui sont perçus comme tels, se mêle à des sentiments anti-immigration, à la xénophobie et au racisme.

Parmi les communautés musulmanes canadiennes, les crimes haineux et le harcèlement sont chose courante, et ne font qu’augmenter.

Entre 2014 et 2015 seulement, les policiers ont enregistré une hausse de 59 % des crimes haineux envers les Musulmans. Et tout porte à croire que la hausse s’est poursuivie les années suivantes. Et cela sans compter les nombreux incidents non criminels, et non rapportés, que les Musulmans canadiens subissent quotidiennement.

La montée de Donald Trump aux États-Unis a entraîné des changements au climat politique canadien, allant de la campagne de Kelly Leitch jusqu’à la normalisation de groupes haineux qui organisent des manifestations publiques. Avec cette montée et avec la tragédie de Québec, le temps est venu d’être proactif et honnête.

Si nous voulons réellement honorer les six vies perdues ce jour-là, il faut faire plus d’éducation sur l’islamophobie, les sentiments anti-immigration. La nation canadienne doit tenir un dialogue franc dans les écoles, le milieu de travail, les maisons et les communautés pour reconnaître la réalité et trouver des solutions pour les générations à venir.

C’est pourquoi la commémoration de ce premier douloureux anniversaire est importante, afin de prendre du recul et rendre hommage aux vies qui ont été perdues tout en cherchant des façons de faire mieux collectivement.

Prendre le temps de réfléchir à ce qu’est l’islamophobie, à la forme qu’elle prend chaque jour; avoir ces discussions difficiles avec nos familles, nos amis est une façon de changer le Canada., d’en faire quelque chose de mieux, de plus inclusif pour tous.

Tout ça commence en se souvenant de ces noms : Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Aboubaker Thabti, Abdelkrim Hassane et Azzedine Soufiane.

Manaal Farooqi, écrivaine et organisatrice communautaire
Toronto