Antoni Lesage, René Lemoine, Eusèbe Belleau (debout) et (assis) Napoléon G. Kirouac, Victor Chateauvert, Nemèse Garneau, Robert Campbell et Nap. Lavoie vers 1930.

Qui se souvient des Châteauvert ?

POINT DE VUE / Le décès récent de Pierrette-Yolande Mercil, épouse de Joseph Brian Richard Faucher Châteauvert alias Peter Châteauvert n’est pas sans rappeler le souvenir d’une dynastie présente à Québec pendant plusieurs décennies et ce, à plusieurs titres.


Son époux né Brian Richard, dénommé couramment Peter, Châteauvert, né à Québec le 3 juillet 1910 est major au sein du régiment des Royal Rifles du Canada et ancien du 1er bataillon du Royal Montréal régiment. Il est nommé assistant de G. S. Gourdeau comme Greffier du Feuilleton et des Journaux à l’Assemblée législative le 1 décembre 1960, une nomination qui fait sens si l’on considère que d’autres proches de Jean Lesage et aussi proches des Châteauvert sont nommés à de hautes fonctions dès l’orée de la Révolution tranquille. 

Je parle ici de Guy Poliquin, nommé à l’Office des autoroutes du Québec, époux de Jacqueline Martin et beau-frère de Jean Poliquin ayant comme épouse Françoise Châteauvert, cousine de Peter. 

Puis Jean Rémillard également nommé à de hautes fonctions en 1960, vice-président de Victor Butcher’s supply, entreprise de Jean Poliquin. Rémillard, aussi ancien secrétaire de la compagnie J.-B. Renaud, est quant à lui nommé président de la Commission du service civil en juillet 1960. 

Trois personnes directement liées à la famille Châteauvert (Guy Poliquin, Peter  Châteauvert et Jean Rémillard) sont donc nommées à de hautes fonctions dès l’entrée au pouvoir de Jean Lesage. Outre ses fonctions d’assistant au greffe du Feuilleton, Brian Richard est aussi le traducteur des discours de Jean Lesage, ceux qu’écrivent par conséquent Raymond Garneau et Claude Morin. 

En janvier 1963, il est nommé greffier en chef en remplacement de G.S. Gourdeau qui prend sa retraite. Pendant cette période c’est aussi à la résidence d’été que Marie-Paule Châteauvert épouse du Dr Maurice Turcotte fréquente les Lesage au lac Beauport.

Mais n’allons pas croire que descendant d’une dynastie dont le député Victor Châteauvert est patriarche, Peter Châteauvert fait irruption dans les réseaux mondains qu’avec l’arrivée au pouvoir de Jean Lesage. Ainsi les Châteauvert et les Saint-Laurent se fréquentaient déjà à Notre-Dame-du-Portage à la fin des années 1940. 

Le mariage de Brian Richard  et de Pierrette-Yolande a lieu le 14 avril 1951 à l’Église Saint-Dominique, église réputée non seulement pour la proximité des Dominicains, mais aussi pour être fréquentée par la petite et grande bourgeoisie libérale de Québec. Cette période est ainsi contemporaine des éclatantes victoires du Parti libéral fédéral aux élections en 1945, 1949 et 1953 alors que son homologue provincial perd aux élections de 1944, 1948 et 1952. Hélène St-Laurent, petite fille de Louis St-Laurent, alors ex-premier ministre du Canada, a épousé en mai 1960 l’ingénieur Rémy Dussault, fils de Roger Dussault. Ce dernier est lui-même le fils d’Anne-Marie Châteauvert et de Joseph-Ernest Dussault et l’époux d’Yvonne Lemoine, petite-fille de Gaspard Lemoine associé du député Victor Châteauvert au sein de la Compagnie Jean-Baptiste Renaud.

Pierrette Mercil, épouse de Peter Châteauvert, est décédée à Québec 21 janvier à l’âge de 98 ans.

Lors du décès de Jean-Baptiste Renaud, Le Courrier du Canada du 3 mars 1884 écrit : « Avec les Thibaudeau, les Hamel, les Chinic, les Garneau, les Shehyn [arrière grand-père de Gordon Boisseau, organisateur libéral], il formait partie de cette pléïade d’homme d’affaires dont le commerce Canadien-français s’honore à juste titre. » Le grand historien Jean Hamelin, qui rédigea la notice de Renaud dans le Dictionnaire biographique du Canada, est le beau-frère de Michelle Poliquin, fille de Françoise Châteauvert et Jean Poliquin. Le sous-ministre René Dussault et conseiller juridique du Ministère des Affaires intergouvernementales à partir de 1963, est aussi descendant des Dussault liés au Châteauvert. C’est donc dire l’omniprésence des Châteauvert encore dans les années 1950 et 1960 au sein des gouvernements libéraux, en retrait certes, mais connus des hommes de pouvoir, surtout les premiers ministres, Guy Poliquin ayant quant à lui déjà été chef de cabinet d’Adélard Godbout.

C’est donc nul autre que Victor Châteauvert, Esquire, père d’une famille nombreuse, homme d’affaires, propriétaire terrien et élu député conservateur à l’Assemblée législative dans Québec-Centre en 1892 à qui l’on doit la paternité d’une famille politique qui s’épanouira essentiellement sous la bannière des libéraux par la suite à preuve que les familles ne sont pas toujours le fait d’un unique parti comme le montre l’exemple de Louise Beaudoin, descendante des Taschereau des Rivières, famille aussi proche des Châteauvert, et quant à elle péquiste de la première heure. 

Dame Pierrette Mercil, épouse de Peter Châteauvert, est décédée le 21 janvier 2020 à l’âge de 98 ans.