Qui aime bien châtie bien?

POINT DE VUE / Est-ce que la Bible permet la correction physique des enfants? Les articles d’Isabelle Mathieu et de Mylène Moisan sur les corrections physiques chez les baptistes montrent les dérives d’une interprétation biblique fondamentaliste. Ce cas de violence justifiée par la religion ouvre un espace de réflexion sur l’interprétation des textes sacrés.

«Le bâton et la correction donnent la sagesse…» (Pr 29,15)

La Bible transmet plusieurs textes relatifs à l’éducation des enfants. En particulier, le livre des Proverbes propose au moins quatre versets qui prônent clairement la violence comme méthode éducative comme «qui refuse de frapper son fils ne l’aime pas. Celui qui l’aime n’hésite pas à le réprimander.» (Pr 13,24) Or, une application littérale de ces passages comporte plusieurs problèmes.

Il faut d’abord tenir compte du genre littéraire de ces versets. Les proverbes bibliques sont… des proverbes. Comme dictons québécois, ils expriment une sagesse populaire qui ne vise pas à avoir une valeur légale. La sagesse proverbiale peut éclairer certaines occasions, mais elle n’est pas applicable en toutes circonstances. 

Ensuite, il y a une grande différence entre le contexte d’origine de ces versets et notre contexte actuel. L’éducation des enfants est un ensemble des pratiques socioculturelles qui évoluent dans le temps et qui sont distinctes d’une culture à l’autre. Il y a une ou deux générations, les punitions corporelles étaient communes au Québec. Les proverbes québécois comme «qui aime bien châtie bien» montrent que la sagesse populaire d’une époque n’est pas éternelle. Les textes bibliques reflètent une société qui avait une vision très différente des enfants : nombreuses naissances, mortalité infantile élevée, aucun système scolaire, participation aux tâches familiales… Ces versets proviennent d’un monde très différent du nôtre. 

Que faire devant la violence biblique?

L’interprétation biblique ne peut être réduite à essayer de découvrir le sens d’une parole dans son contexte d’origine pour l’appliquer aujourd’hui tel quel. Le Deutéronome (21,18-21) propose quelque chose de pire aux Proverbes : un fils rebelle qui n’écoute pas ses parents doit être exécuté sur la place publique! Il faut lire la Bible en tenant compte de notre contexte. Les lois et les valeurs actuelles doivent être prises en compte pour discerner si une parole biblique peut encore être inspirante. Peut-être qu’il faut tout simplement arrêter de lire ces extraits violents. Cependant, la violence fait partie de la vie. Peut-être qu’il faut apprendre à mieux lire ces textes en décelant les éléments violents pour apprendre à résister à ceux-ci. 

Laissez venir à moi les petits enfants

Jésus affirme pratiquement le contraire des proverbes. En effet, les paroles et actions de Jésus envers les enfants sont parmi les éléments les plus révolutionnaires de l’évangile. Au lieu de montrer les enfants comme nécessitant une correction pour qu’ils deviennent de bons adultes, il déclare : «si vous ne changez pas pour devenir comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. Le plus grand dans le royaume des cieux est celui qui s’abaisse et devient comme cet enfant. Et celui qui reçoit un enfant comme celui-ci par amour pour moi, c’est moi qu’il reçoit». (Mt 18,2-5) Jésus renverse l’ordre établi en demandant de devenir comme eux. Ce n’est pas les adultes qui doivent les éduquer, mais les enfants qui doivent montrer le chemin à suivre.

Comme vaste bibliothèque, la Bible porte plusieurs perspectives. Les lecteurs bibliques doivent user de leur jugement en discutant des passages qui montrent des points de vue différents. Pour justifier la correction physique d’enfants par le recours aux proverbes, il faut faire abstraction des passages des évangiles qui évoquent une attitude opposée. Pour plusieurs, l’amour de Dieu et du prochain est le cœur même de la Bible. Si une interprétation biblique va dans un sens contraire à cette idée, il faut la remettre en question. 

Ces articles sur la communauté baptiste m’amènent aussi à penser à d’autres cas extrêmes comme les enfants autochtones qui ont subi les affres du système des écoles résidentielles ou les abus sexuels d’enfants perpétrés par des hommes d’Église. Toutes formes de violence envers les enfants doivent être dénoncées, de même que toutes les justifications bibliques de la violence. 

Sébastien Doane, professeur en études bibliques, revient sur la dérive des baptistes.