L’Université Laval

Questionnaire intrusif: des excuses ne suffisent pas

Bien que la rectrice, Sophie D’Amour, ait admis d’emblée l’erreur commise lorsque l’institution exigeait de la part des personnes candidates à un emploi à l’Université Laval qu’elles remplissent un questionnaire médical, l’explication donnée par la vice-rectrice aux ressources humaines, Lyne Bouchard, ne tient pas la route. Selon elle, si l’institution posait des questions de nature médicale lors de la candidature à un poste, ce ne serait que pour l’adapter.

Si c’est le cas, comment adapte-t-on un poste à quelqu’un qui n’a pas eu ses règles les derniers mois, à un diabétique, à un ex-fumeur, à quelqu’un qui a déjà consulté un psychologue, à quelqu’un qui a déjà fait une réclamation à la CSST?

Il est manifeste que la seule utilité du questionnaire était d’éliminer les candidatures «coûteuses» sur la base de critères médicaux et de genre, dans ce dernier cas, afin d’éviter des femmes présentant une possibilité de grossesse, avec les absences et congés qui y sont associés.

S’il s’avère que le questionnaire médical a été utilisé pendant près de 10 ans, cela signifie que plus de 1000 personnes auraient pu se voir refuser un emploi à l’Université en raison de leur condition médicale ou de leur sexe puisque pendant cette période, il y a eu à l’Université plus de 1000 embauches.

La discrimination dont aurait fait preuve l’Université est tout à fait inadmissible dans une société combattant toute forme de discrimination. Ce l’est d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une institution de haut savoir, dirigée par une femme de surcroît.

La rectrice a eu la bonne réaction en reconnaissant une erreur qui appartient à la précédente administration. On ne peut toutefois pas accepter les explications de sa vice-rectrice. Des excuses ne sont pas suffisantes. Des sanctions doivent être imposées auprès des personnes responsables, de même qu’à l’institution.

On ne pourrait plaider l’ignorance lorsqu’il s’agit d’un service de ressources humaines comptant près de 100 personnes. Il doit y avoir enquête, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse doivent s’assurer que ce comportement ne se reproduise jamais. Et encore moins dans une université.

Éric-Jan Zubrzycki, Conseiller syndical SCFP affecté à l’Université Laval