Qu’est-ce qu’une coopérative de solidarité ?

POINT DE VUE / Le projet de relance du Groupe Capital Médias sous la forme d’une ou de plusieurs coopératives est une initiative judicieuse et audacieuse. Pour favoriser l’ancrage territorial et la pérennité des journaux, la forme coopérative qui devrait être privilégiée pour chaque journal est la coopérative de solidarité.

Bien qu’il s’agisse d’une innovation sociale qui réponde de façon très adéquate aux besoins de nombreux acteurs socioéconomiques à travers la province, la coopérative de solidarité reste, à ce jour, peu connue du grand public. Ce type de coopérative existe pourtant au Québec depuis 1997. Il faut aussi noter que des modèles similaires existent dans d’autres pays, incluant la France, l’Italie et les États-Unis. Chez nous, les coopératives de solidarité sont toutes des PME, la plupart d’entre elles comptant moins de 50 employés. Malgré leur nouveauté dans le monde des affaires québécois, on remarque déjà leur impact socioéconomique positif dans les communautés et secteurs d’activité dans lesquels elles sont actives, autant dans les milieux ruraux qu’urbains.

La coopérative de solidarité repose sur l’idée, commune à toutes les coopératives, que la réussite d’une entreprise s’appuie sur une double rentabilité, à la fois économique et sociale. À l’instar des coopératives traditionnelles, elles répondent aux besoins économiques, sociaux ou culturels de leurs membres par le moyen d’une activité marchande. Toutefois, contrairement aux autres types de coopératives, une coopérative de solidarité doit compter au moins deux catégories de membres parmi les suivants : consommateurs, producteurs, travailleurs et «membres de soutien». C’est l’ajout de la catégorie de membres de soutien qui représente la deuxième caractéristique distinctive de la coopérative de solidarité. Ceux-ci appuient le projet de coopérative parce qu’ils en voient l’utilité sociale, mais sans avoir nécessairement recours à ses services. Ainsi, la structure même des coopératives de solidarité formalise l’internalisation de parties prenantes habituellement externes aux coopératives. Elles profitent ainsi d’un membrariat diversifié et hétérogène.

Cette composition hétérogène permet aux coopératives de solidarité de s’appuyer sur l’intelligence collective de leur communauté, en réunissant une diversité d’acteurs au cœur de leur structure décisionnelle. Cela accroît l’ancrage de la coopérative dans son milieu, lui permettant de bénéficier des ressources disponibles au sein de la communauté. Ce type de coopérative possède d’emblée, du fait de la diversité de son membrariat, une portée sociale plus importante que les coopératives traditionnelles. D’une part, elles doivent répondre simultanément à divers types de besoins, portés par les différentes catégories de membres. D’autre part, elles permettent à des personnes n’ayant pas un usage direct des services de la coopérative d’en devenir membres, invitant ainsi des représentants de la communauté à joindre la coopérative.

Cette inclusion se reflète notamment dans la gouvernance, puisque le principe démocratique qui guide les coopératives, souvent résumé par la maxime «un membre, un vote», implique que chacun des types de membres sera représenté au conseil d’administration, lequel est élu par et parmi les membres. La constitution du conseil d’administration est déterminée par la coopérative, qui a la latitude de choisir le nombre de sièges réservés à chaque catégorie de membres (minimum d’un siège par catégorie). Toutefois, un maximum du tiers des sièges du conseil d’administration peut être alloué aux membres de soutien, laissant nécessairement la majorité des sièges à des membres travailleurs, consommateurs ou producteurs (selon la formule choisie).

On pourrait ainsi facilement imaginer que la communauté d’appui qui s’est formée autour de chaque journal du Groupe Capital Médias soit intégrée au projet coopératif si celui-ci empruntait la voie de la coopérative de solidarité. Cela permettrait de formaliser et de renforcer le soutien de la communauté, d’ancrer chaque journal dans sa localité et de donner un pouvoir décisionnel réel — quoique limité — à des parties prenantes éminemment concernées par ce projet.

Luc Audebrand, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval

Myriam Michaud, étudiante au doctorat à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval.