Qu’entend-on par maladie mentale?

POINT DE VUE / En réaction à la chronique «De l’aide pour mieux vivre» de Brigitte Breton, parue le 28 janvier

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, encourage la réflexion sur l’aide médicale à mourir (AMM) pour les personnes atteintes de graves problèmes de santé mentale.

Il importe d’abord de définir ce que l’on entend par maladie mentale. On l’oppose spontanément à maladie physique. Ainsi, on parle de maladie d’Alzheimer, de Parkinson, d’épilepsie, de schizophrénie, de maladie bipolaire, etc. Font-elles partie de la même catégorie? Il appert que le cerveau tout comme les poumons et le cœur font partie du physique. Donc, les maladies du cerveau sont à distinguer des maladies mentales. 

L’Alzheimer, le Parkinson, etc., relèvent du neurologue. 

Elles sont des maladies du cerveau, donc physiques. La schizophrénie, la bipolarité, la dépression majeure sont traitées par le psychiatre, elles sont dites des maladies mentales. La psychiatrie tente de prendre la place de la neurologie en voyant aussi les causes des troubles mentaux situés dans le cerveau. Dans cette optique, le cerveau sécrète la pensée comme les reins sécrètent l’urine. C’est toutefois aller un peu vite. Il est clair que les synapses se configurent différemment selon les états d’esprit. Cependant, comme le faisait remarquer Thomas S. Szasz, l’adrénaline accompagne la colère et l’acide lactique s’accumule dans les muscles pendant l’exercice. On réalise ainsi clairement que l’adrénaline ne cause pas la colère ni l’acide lactique la fatigue. Bref, on ne connaît toujours pas avec certitude la cause des troubles mentaux.

La neurologie s’est séparée de la psychiatrie au XIXe siècle lorsque Charcot a fondé son école à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. À regarder de plus près, l’historien de la psychiatrie constate que le psychiatre est l’héritier du prêtre qui guérissait les maladies de l’âme. Toujours selon Szasz, la gourmandise, de péché capital est devenue boulimie, un trouble mental. Le vol, de péché est devenu kleptomanie, tout comme le suicide qui de péché relève maintenant de la psychiatrie. 

La société québécoise aurait-elle mis un terme à sa dépendance envers l’Église pour foncer tête baissée sous l’emprise de la psychiatrie? Mentionnons que tout comme antérieurement la Religion et l’État n’étaient pas séparés, il n’y a pas présentement de séparation des pouvoirs entre la Santé et l’État. La psychiatrie est gérée par l’État et elle vise officiellement pour revenir à l’AMM à donner de l’aide pour mieux vivre.

Mieux vivre est-il compatible avec la dépendance ou se limite-t-il à l’autonomie? En premier lieu, l’Association des Groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) préconise ce qui pour nous est une avenue pertinente, l’appropriation du pouvoir. Expliquant ce terme, Mme Réjeanne Bouchard affirmait que c’est en cheminant à travers le processus qu’est l’appropriation du pouvoir que les personnes utilisatrices de services en santé mentale reprennent en mains leur dignité et qu’elles arrivent à prendre leur place de citoyen et de citoyenne dans notre société. Or, s’approprier du pouvoir passe par la capacité à prendre des décisions, à appliquer une solution au problème que l’on a. Selon Henri Laborit, l’inhibition de l’action où il y a impossibilité de lutte ou de fuite génère de l’angoisse. La personne devient inhibée et attend que le temps qui passe résolve son problème par lui-même. Mieux vivre consiste premièrement à agir pour mettre un terme à la situation angoissante, puis élargir notre champ décisionnel.

Dans la chronique de Brigitte Breton intitulée «De l’aide pour mieux vivre», celle-ci reprend les propos de Georgia Vrakas qui suggère d’oser demander de l’aide et consulter. Cette seconde étape requiert bien souvent une portion certaine de pouvoir approprié. Cependant, demander de l’aide aux services pour être soigné relève d’une situation de dépendance et nous éloigne de l’appropriation du pouvoir. De plus, nous sommes d’accord pour des services de meilleure qualité passant par la psychiatrie enrichie par la recherche. Néanmoins, la limite entre cette discipline et la neurologie doit être respectée.

En dernier lieu, nous tenons compte du fait que 30 % des gens font des dépressions qui résistent aux médicaments. L’étape suivante est les électrochocs. Que fait-on en cas d’inefficacité de ceux-ci lorsque le sixième critère de la loi sur l’AMM, à savoir éprouver des souffrances psychiques constantes, insupportables qui ne peuvent être apaisées dans des conditions que la personne juge tolérable. Dans cette situation, il appert que l’AMM est envisageable. 

Dans certains cas, plutôt que de s’infliger de multiples tentatives de suicide où la personne risque de rater son essai et de demeurer avec des séquelles l’empêchant entre autres de réessayer, opter pour un suicide assisté de médecins avec un taux de réussite certain qui permet de partir dans la dignité est une option sérieuse.

* L’auteur est aussi maître en éthique et médecine, professeur de philosophie du collégial retraité