Chaque fois qu’il est confronté à une question sur le chantier Davie, Justin Trudeau ne cesse de louanger l’excellent travail accompli par le personnel de ce chantier, entre autres, avec la transformation de l’Asterix.

Quelqu’un s’intéresse réellement à la Davie?

Les fournisseurs de la Davie sont sortis encore une fois cette semaine dans les médias pour rappeler que, faute de contrats, les mises à pied se poursuivent aux quatre coins du Québec, comme à Lévis. La situation est inacceptable.

Il y a deux mois, le premier ministre Justin Trudeau nous faisait des yeux doux lors de sa visite dans la région. Chaque fois qu’il est confronté à une question sur le chantier Davie, il ne cesse de louanger l’excellent travail accompli par le personnel de ce chantier, entre autres, avec la transformation de l’Asterix. Nous aurions pu croire que ce serait suffisant pour obtenir des contrats et garantir des emplois, mais il semble que non.

Quelques semaines plus tard, alors que des milliards de dollars du fédéral pleuvent sur les chantiers Irving et Seaspan, le gouvernement libéral avait une occasion toute désignée pour rectifier le tort fait à la Davie avec le budget Morneau en l’incluant dans la Stratégie nationale en matière de construction navale. Rien! De plus, on se permet d’en rajouter sur l’insulte. Quelques jours plus tard, le ministre Jean-Yves Duclos, responsable de la région au cabinet, faisait une sortie pour le moins étrange. Le ministre nous parlait de l’importance pour la Davie de se tourner vers le privé afin d’assurer sa survie. Je veux bien, mais que fait-il de l’incroyable injustice faite aux travailleuses et aux travailleurs de sa région, à la Davie et ses fournisseurs et à l’économie québécoise depuis 2011 alors que plus de 66 milliards de dollars en contrats fédéraux furent octroyés à Seaspan et Irving? Des contrats, dont ni l’échéancier ni les coûts ne sont respectés? C’est aussi l’argent des contribuables, donc ceux du Québec aussi, que nous tirons allègrement par la fenêtre.

Pourtant, ce gouvernement nous a rappelé à maintes reprises que la décision de 2011 a été prise par le gouvernement précédent. Aujourd’hui, le gouvernement libéral est à mi-mandat. S’il l’avait voulu, il aurait amplement eu le temps de corriger l’injustice historique faite à la Davie. Il aurait pu inclure le chantier de Lévis dans la Stratégie nationale en matière de construction navale du Canada, mais il ne l’a pas fait. La plus élémentaire des justices lui semble inaccessible. Il faut croire que la volonté politique fait lamentablement défaut.

Tous ont souligné l’excellence du travail des gens du chantier de Lévis dans le dossier de l’Astérix. Un grand navire, moderne, livré dans les temps et aux coûts prévus, incroyable non? Pourtant, qui se souvient qu’il aura fallu l’intervention du vice-amiral Mark Norman pour faire avancer le dossier lors de l’arrivée au pouvoir des libéraux en 2015? En effet, le dossier était bloqué à ce moment et nous étions réduits à quémander, encore une fois.

Entendre le premier ministre Trudeau souligner l’excellence nous fait plaisir. D’ailleurs, l’excellence du chantier est connue depuis fort longtemps. Cependant, les mots à eux seuls ne mettent pas le pain et le beurre sur la table à la fin de la semaine. Il est inconcevable qu’après deux ans et demi, aucun élu du gouvernement fédéral n’ait daigné rendre visite au plus grand chantier au pays afin de visiter les installations et de rencontrer les travailleurs et les travailleuses. On aurait pu croire qu’avec ce premier contrat fédéral réalisé de main de maître, l’avenir du chantier de Lévis serait assuré. Après tout, ils ont fait leurs preuves! Mais non, l’injustice perdure. Même obtenir rapidement un contrat pour des brise-glaces, un besoin pourtant urgent et documenté par les experts, semble inutilement ardu. Y a-t-il quelqu’un qui s’intéresse réellement aux travailleuses et aux travailleurs de la Davie à Ottawa?

Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches (CSN)