Alfred Pellan, le grand atelier au Musée national des beaux-arts du Québec

Quel avenir pour nos musées?

En tant que personnes impliquées dans la recherche et la diffusion de l'art québécois et en tant qu'historiens de l'art qui ont longtemps considéré le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) comme la plus importante institution muséale en ce qui a trait à la diffusion et au renouvellement de la recherche en art du Québec, nous souhaitons témoigner de notre inquiétude face à la situation actuelle du musée et de notre incompréhension devant les décisions qui s'y prennent eu égard à sa mission.
En tant que personnes impliquées dans la recherche et la diffusion de l'art québécois et en tant qu'historiens de l'art qui ont longtemps considéré le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) comme la plus importante institution muséale en ce qui a trait à la diffusion et au renouvellement de la recherche en art du Québec, nous souhaitons témoigner de notre inquiétude face à la situation actuelle du musée et de notre incompréhension devant les décisions qui s'y prennent eu égard à sa mission.
À force de répéter comme un mantra le slogan gouvernemental, on finira par y croire! C'est du moins l'impression que donne la direction du MNBAQ qui entérine le discours ministériel à l'effet que les suppressions de postes n'affecteront pas les services à la clientèle.
Les coupures gouvernementales qui affectent l'ensemble de la société grèvent de manière inquiétante les budgets de tous les musées. Récemment, les directions du Musée d'art contemporain, du Musée de la civilisation et du Musée des beaux-arts de Montréal dénonçaient la situation. Le silence du MNBAQ est étonnant. Rappelons que le MNBAQ a annoncé début mai l'abolition de douze postes qui touchent, entre autres, les services éducatifs et la documentation. Ces suppressions, combinées avec le départ des quatre conservateurs ayant le plus d'expérience, particulièrement dans les domaines de l'art québécois ancien et moderne, dont deux ne seront pas remplacés, suggèrent que la fonction de recherche liée au développement des collections et à la préparation des expositions et à leur diffusion par l'intermédiaire des publications et des programmes publics sont déjà sévèrement mutilés.
Il faut interroger la nature des décisions que la direction du MNBAQ choisit de prendre et se demander si l'institution est encore capable de remplir le mandat qui lui est assigné. Rappelons que, selon la loi, le musée « a pour fonctions de faire connaître, de promouvoir et de conserver l'art québécois de toutes les périodes, de l'art ancien à l'art actuel, et d'assurer une présence de l'art international par des acquisitions, des expositions et d'autres activités d'animation. »
Certes, les expositions et les publications dans le secteur de l'art contemporain et actuel du Québec demeurent toujours relativement importantes au MNBAQ grâce, en partie, aux subventions du Conseil des arts du Canada et au maintien de deux postes de conservateurs, spécialistes de ces domaines. Dans l'immédiat, nos inquiétudes ne portent donc pas du côté de l'art contemporain et actuel (après 1960) qui aura, en 2015, un nouveau pavillon comme écrin. Cette construction implique toutefois un redéploiement de l'ensemble des collections qui, s'il est à l'aune des quatre premières salles monographiques déjà ouvertes, laisse craindre le pire sur le potentiel d'innovation et de relecture de l'histoire de l'art du Québec dans les présentations à venir.
En l'absence de personnel chevronné ayant des compétences en histoire de l'art ancien comme moderne et bien au fait des collections, on peut se demander quelles seront les orientations prises pour mettre en valeur l'imposante collection historique du musée qui est le seul à pouvoir offrir au public une appréciation aussi complète de l'art du Québec.
Par ailleurs, la constitution et l'accès à la documentation photographique et aux archives du musée (dont les importants dossiers d'oeuvres et d'artistes) seront rendus plus compliqués en l'absence de personnel compétent. La solution de numériser ces documents essentiels pour la recherche et de les rendre accessibles doit donc être envisagée. Qu'advient-il des programmes éducatifs? N'est-ce pas là un autre aspect du mandat que le gouvernement du Québec a assigné au musée que de contribuer à l'éducation artistique dans les milieux scolaires et d'assurer l'accès à l'art pour l'ensemble de la population? Dans cet ordre d'idées, le musée a aussi comme rôle de diffuser l'art québécois en région. Que devient le service des expositions itinérantes dans un tel contexte de coupures? A-t-on vraiment pris en considération toute la complexité de la notion de « clientèle » pour un musée national quand on affirme que « la clientèle n'est pas affectée »?
Que faut-il conclure du mouvement qui se dessine actuellement au MNBAQ marqué par la suppression de postes et par la perte importante d'une expertise qui affecte les fonctions centrales d'un musée? Au moment où l'institution parachève la construction d'un nouveau pavillon, que devient cette intégration des équipes de conservateurs, éducateurs, archivistes, photographes, graphistes, designers, éditeurs, qui, dans une synergie remarquable avec les directions des collections et de la recherche et des expositions, avait permis à ce musée d'être un phare à la hauteur de sa mission?
Au train où vont les choses et face à l'impossibilité apparente pour le MNBAQ de s'assurer les services à long terme d'un personnel compétent, une question lancinante se pose : faudra-t-il modifier le mandat du musée ou envisager sa fermeture?
Groupe d'historiens de l'art spécialisés en art du Québec
Dominic Hardy, Laurier Lacroix, Gilles Lapointe, Esther Trépanier (UQAM), Didier Prioul (Université Laval), Louise Vigneault (Université de Montréal), membres de l'Équipe de recherche en histoire de l'art du Québec
Ont également signé les enseignants en histoire de l'art et muséologie : Kristina Huneault, Martha Langford, Anne Whitelaw, Université Concordia ; Élise Dubuc, Pierre-Olivier Ouellet, Suzanne Paquet, Anne-Élisabeth Vallée, Université de Montréal; Maxime Coulombe, Marc Grignon, Françoise Lucbert, Robert Marcoux, Didier Méhu, Université Laval; Serge Allaire, Daniel Arsenault, Isabelle Caron, Jennifer J. Carter, Marie-Eve Charron, Francine Couture, Annie Gérin, Vincent Lavoie, Patrice Loubier, Paul Maréchal, Nathalie Miglioli, Nycole Paquin, Eduardo Ralickas, Thérèse St-Gelais, UQAM; Martin Labrie, Cégep de Sherbrooke; Marie Claude Mirandette, Cégep du Vieux-Montréal.