Malgré les grands discours de l'État, le gouvernement du Québec est en désamour avec une partie des personnes âgées constituée par ses gestionnaires retraités.

Québec se moque des gestionnaires retraités du MSSS

Après le récent scandale du crédit d'impôt pour les travailleurs âgés, le gouvernement du Québec s'apprête à signer un nouvel acte de désamour à l'égard de cette catégorie de personnes âgées que sont les retraités du personnel d'encadrement des services sociaux et de santé du Québec. En effet, après que cette catégorie de personnel ait déjà été privée d'indexation de leur pension pour une période de près de 20 ans (de 1982 à 1999), l'État québécois propose de ne plus indexer leur rente de retraite pour une période d'au moins cinq ans, ce qui les privera à terme d'environ 7 % de leur revenu de retraite.
Pourtant, ces travailleurs qui ont passé leur vie à gérer les services de l'État à travers une série de crises et de réformes en agissant souvent comme un tampon entre les décisions des grands dirigeants politiques et administratifs, les employés syndiqués et la clientèle souvent démunie et revendicatrice des services sociaux et de santé ont déjà donné. Autant, malgré les grands discours ministériels ou gouvernementaux, l'État montre peu de considération pour ces personnes considérées comme des «représentants de l'employeur» qui s'épuisent à gérer une réforme mal pensée et improvisée, autant il déconsidère ceux qui ont passé leur vie à assurer la production de services de qualité malgré les décroissances budgétaires et les fréquentes réorientations des structures de distribution des services à la population.
Quand ces retraités payaient leurs cotisations en vue de la retraite (sans que l'État-employeur, lui, provisionne sa quote-part de cotisations...), ils payaient ce qu'on leur imposait de payer afin d'assurer la santé du Régime de retraite et la pleine pension indexée qu'on leur promettait. Ce ne sont pas eux qui fixaient les taux de cotisation, mais l'État et ses devins actuaires. Si ces derniers se sont trompés, notamment en décidant de congés de primes occasionnels (au lieu d'enrichir le Régime de pensions pour l'avenir), ce ne sont pas les cadres maintenant retraités qui en sont responsables et ils ont assumé leur responsabilité de contribution. Il faut rappeler que les gestionnaires du réseau n'ont jamais pu négocier leurs conditions de travail (incluant les salaires et les régimes de retraite) mais ont toujours dû se plier à des décrets ministériels en cette matière.
Dans le débat actuel, l'État bafoue aussi un principe de base qu'on peut considérer comme illégitime. En effet, quand le gouvernement-employeur décidait annuellement du taux de cotisation de ses gestionnaires à leur régime de retraite, la décision s'appliquait aux cadres actifs et n'avait pas d'impact ou de retombée sur les gestionnaires déjà retraités. Ainsi, si un congé de prime était décrété parce que le Régime se portait bien et accumulait des rentrées importantes, les cadres retraités ne bénéficiaient pas de ces retombées et celles-ci se limitaient aux cadres actifs. Et maintenant, alors que le Régime est en moins bonne santé, on voudrait imposer aux gestionnaires retraités les conséquences des erreurs de l'État dans sa gestion du Régime. Les retraités n'ont donc pas accès aux profits quand il y en a, mais doivent participer au déficit quand il s'en présente un! 
Cela montre bien, une fois de plus que malgré les grands discours de l'État, le gouvernement du Québec est en désamour avec une partie des personnes âgées constituée par ses gestionnaires retraités qui n'ont même pas eu voix au chapitre dans cet arrangement privé entre lui et diverses associations qui ont, comme l'État lui-même, renié les droits et le bien-être de leurs anciens membres, qui les ont pourtant bien servi durant une entière vie professionnelle.
Et le coq chanta pour une troisième fois...
Michel K Laflamme, Lévis