Que faire avec Churchill Falls, après 2041?

En réaction à l’éditorial «Churchill Falls: suite et (espérons-le) fin» du journaliste Jean-François Cliche paru le 3 novembre

Comme ingénieur ayant travaillé à Fermont et Labrador City, je suis entièrement d’accord avec le contenu de votre article très bien écrit et supporté, ainsi qu’avec la décision de la Cour Suprême du Canada. Mon point de vue porte sur ce qui m’apparaît manquer à votre exposé, à savoir l’Après 2041.

En effet, qu’arrivera-t-il à la fin du contrat de l’Hydro-Québec avec la Churchill Falls (Labrador) Corporation Limited (CFLCo) en 2041?

Il semble qu’Hydro aurait déjà fait en sorte de rendre le poste Montagnais indépendant de la Centrale Chuchill Falls avec le développement hydroélectrique de la Romaine qui sera reliée au poste Montagnais, ce qui rendrait Fermont indépendante de Churchill Falls.

En 2041, Terre-Neuve ne possèdera sans doute pas encore la population ni la structure industrielle, et ni le réseau de distribution sous-marine vers le continent pour absorber la production électrique de Churchill Falls.

Ne devrait-on pas se souvenir du rejet par la population du Nouveau-Brunswick de l’accord conclu en 2009 avec Hydro-Québec pour l’intégration et la gestion de leur réseau de distribution électrique? Il semble qu’à ce moment-là, Hydro avait eu tendance à se péter les bretelles trop fort, ce qui aurait créé une réaction négative de la population du NB.

On peut toujours penser que Terre-Neuve demeurera dépendante du Québec pour la vente des surplus électriques de Churchill Falls en passant par le Québec et ses lignes 735Kv, donc qu’Hydro-Québec aura toujours le gros bout du bâton dans toute négociation. Cependant, je pense que la décision de la Cour Suprême ouvre une grande porte à la collaboration accrue sur le développement des ressources minérales, aquatiques, fauniques ou touristiques avec le Labrador terre-neuvien.

S’il y avait eu un meilleur esprit de collaboration avec Terre-Neuve, est-ce que le gisement Cu-Ni de Voisey Bay n’aurait pas pu être exploité via l’infrastructure québécoise à partir de Schefferville située à quelque 400km au sud-est? Difficile à réaliser, je pense. Que dire des possibilités de développement du gisement de Terres-Rares, Strange Lake situé à 235 km au nord-est de Schefferville, et divisé 1/3-2/3 sur la frontière du Québec-Labrador. La collaboration entre les deux provinces est un prérequis essentiel à la mise en production de cette ressource quasi unique en yttrium. 

Il est intéressant de prendre connaissance de l’accord conclu par Hydro-Québec et la Newfoundland and Labrador Hydro (NLH) sur la propriété et l’opération de la centrale hydroélectrique de la Menihek desservant la ville de Schefferville et les communautés des premières nations de Matimekosh-Lac-John et Kawawachchikamach. L’accord signé en 2007 porte sur une période de 40 ans à des tarifs de 3c/kwh et 2c/kwh sur 40GWh/an, indexés sur l’indice des coûts à la consommation.

Considérant le Plan Nord-du-Québec, comment penser établir une seconde ligne ferroviaire jusqu’à Schefferville sinon jusqu’à Kuujjuaq ou Fort Chimo dans la Baie Ungava pour développer les richesses à découvrir dans la Fosse du Labrador, sans accord de participation avec le Labrador. Environ le tiers de cette nouvelle ligne serait située au Labrador.

À Schefferville, il existe encore des réserves intéressantes de minerai de fer au Labrador. 

Si vous voyagez par route jusqu’à Fermont, vous pourrez constater que la section de route 389 entre Fire Lake et le Mont Wright doit être complétée pour assurer une bonne continuité avec la Trans-Labrador au bénéfice des deux provinces. Cette route en gravier a été construite par les employés de la QCM durant leur grève prolongée. Que de taponnage environnemental pour retarder la réalisation d’un projet aussi vital qu’évident. Déjà du côté du Labrador, la route de belle qualité a depuis longtemps dépassé Goose Bay en route pour Terre-Neuve.

En conclusion, pour planifier et assurer le développement futur du Plan Nord, je pense que suite à la décision de la Cour Suprême, le moment soit venu pour Hydro-Québec d’établir de bonnes relations d’affaires avec Terre-Neuve, en ouvrant le contrat Churchill Falls sur une base identique aux conditions négociées pour la Menihek, tout en s’assurant de la disponibilité continue de cette source d’énergie dans l’après 2041.

Raymond Raby, Ing. minier retraité