La ministre de l'immigration, Kathleen Weil, en compagnie d'une réfugiée syrienne en décembre dernier

Quand le PQ fait tache

La maison CROP vient de prendre le pouls des Canadiens sur leur ouverture face aux immigrants et aux réfugiés, ainsi que sur leurs perceptions des musulmans. Le sondage indique, entre autres, qu'une majorité de Québécois pensent que le port de vêtements religieux devrait être interdit pour les éducateurs (66 %), les personnes en autorité (76 %) et les autres employés des services publics (67 %).
Invité lundi à commenter les résultats de ce sondage réalisé pour le compte de Radio-Canada, le chef du PQ, sur un ton cinglant, a jeté tout le blâme sur le gouvernement Couillard : «Le gouvernement libéral est responsable de l'insatisfaction généralisée des citoyens quant à l'intégration des immigrants et au port de signes religieux», estime le chef péquiste Jean-François Lisée. 
Au pouvoir depuis 15 ans, les gouvernements libéraux auraient laissé pourrir la situation. Monsieur Lisée, dans son rappel historique partisan, passe bien sûr sous silence que son parti avait, en 2011, paralysé en Commission parlementaire l'étude, article par article, du projet de loi libéral sur les accommodements raisonnables dans l'administration publique (PL94). 
Ce projet de loi visait à répondre à la commission Bouchard-Taylor. Trois ans plus tard, le même Parti québécois, avec monsieur Lisée comme ministre, a refusé la main tendue par la CAQ qui lui proposait un compromis sur la base des recommandations de la commission Bouchard-Taylor. Plutôt que d'apporter une réponse législative à l'épineuse question des signes religieux et ainsi fixer des balises claires, le PQ avait décidé de faire de sa Charte des valeurs un enjeu électoraliste.
On est loin de mesurer aujourd'hui tout le recul que cette rigide posture a infligé à la question de la laïcité! Et plus récemment, après avoir soufflé le chaud et le froid relativement à l'actuel projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l'État et les accommodements raisonnables, le PQ a finalement choisi d'en adopter le principe. Serait-ce pour provoquer, au terme du processus législatif, un affrontement Québec-Ottawa comme l'avait laissé entendre Lisée dans la course à la direction du PQ? 
Si, comme son chef le rappelait lundi, «tout ce qui traîne se salit», force est de constater que le PQ est loin d'être sans tache quant à l'avancement de la laïcité au Québec.
Romain Gagné, Québec