«Par une journée d’octobre, un nuage de poussière rouge recouvre Limoilou. Des dépôts partout : sur les balcons, les voitures, les trottoirs. Une enquête du ministère de l’Environnement en découvrira rapidement la cause : la négligence du Port de Québec.»
«Par une journée d’octobre, un nuage de poussière rouge recouvre Limoilou. Des dépôts partout : sur les balcons, les voitures, les trottoirs. Une enquête du ministère de l’Environnement en découvrira rapidement la cause : la négligence du Port de Québec.»

Projet Laurentia: un autre désastre signé Port de Québec

Jackie Smith
Cheffe de Transition Québec
POINT DE VUE / Nous sommes en 2012. Par une journée d’octobre, un nuage de poussière rouge recouvre Limoilou. Des dépôts partout : sur les balcons, les voitures, les trottoirs. Une enquête du ministère de l’Environnement en découvrira rapidement la cause : la négligence du Port de Québec. Est-ce que la Ville et le maire Régis Labeaume réagissent? Pas vraiment. Est-ce que le Port s’excuse? Non plus.

Je me souviens de cet épisode de manière limpide, car il a forgé mon implication politique. Je suis restée marquée par le manque d’imputabilité du Port, mais surtout par l’impression que les citoyennes et citoyens devaient se défendre… seuls. Je me suis impliquée auprès du Comité vigilance portuaire, puis à Démocratie Québec, pour finalement joindre Transition Québec, dont je suis désormais très fière d’être la cheffe.

Depuis l’incident de la poussière rouge, nous commençons malheureusement à comprendre à quel point nous ne sommes pas chez nous. Il aura fallu traîner le Port en cour pour obtenir des dédommagements suite à l’incident. Non seulement le président du Port de Québec y a nié les dommages causés aux citoyennes et citoyens de Limoilou, mais surtout, il planifie déjà une expansion majeure qui nuira inévitablement à la qualité de vie de ses voisines et voisins des quartiers centraux.

Ainsi, en 2017, le Port annonce «Beauport 2020», un projet destiné à accroître le transport de vrac liquide. Après une puissante contestation citoyenne qui en repoussa l’échéance, le projet est rebaptisé «Laurentia». Cette fois, au lieu d’être destiné au vrac liquide, le projet d’agrandissement prévoit la création d’un grand terminal de conteneurs qui empiétera sur la baie de Beauport.

Pour y arriver, il faudra effectuer une opération de dragage du fleuve qui détruira l’équivalent de 72 terrains de football de milieux naturels, dévisagera la baie de Beauport et diminuera l’accès aux berges. Le terminal augmentera substantiellement le trafic maritime sur le Saint-Laurent, où la collision avec des navires est déjà une cause importante de décès des baleines noires. Pour les citoyennes et citoyens de Limoilou et Maizerets, cela signifiera le passage de dizaines de camions lourds dans leurs rues chaque jour.

Est-ce que l’opposition des citoyens et citoyennes qui subiront la pollution, le bruit et la destruction des milieux naturels associés à ce projet a été entendue? Est-ce que l’avalanche de dénonciations des conseils de quartiers avoisinants a été considérée? Non.

Le Port, férocement appuyé par Régis Labeaume, continue à avancer dans ses projets comme si de rien n’était. Et le maire, plutôt que d’écouter la grogne populaire, planifie la poursuite de son nébuleux projet baptisé «Littoral Est», visant l’implantation au cœur du quartier Maizerets d’une nouvelle zone industrielle en plein cœur de notre ville.

Les milliers d’étudiantes et étudiants de l’Université Laval dénoncent déjà ce projet d’un autre siècle. Les conseils des quartiers, les groupes écologistes et les citoyennes et citoyens, aussi. Ensemble, ces groupes se mobilisent pour donner une voix à ceux et celles que nos élus ignorent.

L’administration du Port tente de créer l’illusion d’un appui populaire en mettant de l’avant ses quelques alliés : le maire Labeaume, la ministre responsable de la région, la rectrice de l’Université Laval, des préfets et maires de villes éloignées, etc. Des gens qui fabulent sur les retombées économiques du projet, mais qui n’en subiront pas les conséquences immédiates.

Et c’est bien ce qui est indignant dans cette histoire : nos élus ne nous protègent pas. Ils préfèrent les intérêts corporatifs de quelques-uns au bien commun de leur population. Un peu comme si un nouveau désastre se répétait.