:Le ministre de l’Éducation Jean-Francois Roberge gagnerait à prendre acte et fait des résultats de la vaste enquête qui se déroule actuellement et dont l’objectif consiste à décrire les activités de développement professionnel privilégiées par le personnel enseignant des écoles primaires publiques du Québec.

Projet de loi 40: une vision autoritaire et moralisatrice

POINT DE VUE / Bien enfoui au sein d’un projet de loi dont le principal objectif serait d’abolir les commissions scolaires pour les remplacer par des centres de services, un tout petit article, «le 133», semble être passé sous le radar de la plupart des analystes politiques, et cela, malgré son caractère plutôt autoritaire et moralisateur.

Spécifiquement, «le 133» vise à donner au ministre de l’Éducation le pouvoir de déterminer par règlement «les obligations de formation continue des titulaires d’une autorisation d’enseigner, les modes de contrôle, de supervision ou d’évaluation de ces obligations, les sanctions découlant du défaut de s’y conformer et, le cas échéant, les cas de dispense». Comme si les enseignantes et les enseignants n’étaient pas en mesure de cibler de manière autonome leurs besoins en matière de développement professionnel et de choisir leurs activités de formation en conséquence.

«Le 133» apparaît d’autant plus surprenant que le développement professionnel du personnel enseignant ne semble pas faire partie des priorités ministérielles, et cela, depuis plusieurs années déjà. En effet, que savons-nous à l’heure actuelle des activités de formation que privilégient les enseignantes et les enseignants? Quels sont les véritables besoins du personnel enseignant en matière de développement professionnel? L’offre de formation répond-elle à ces besoins? Mieux encore : avant d’introduire «le 133» dans le projet de loi, le ministre leur a-t-il tout simplement posé ces questions?

Le fait est qu’actuellement, il n’existe aucun mécanisme au Québec permettant de dresser le portrait des activités de développement professionnel auxquelles s’adonnent les enseignantes et les enseignants. Il s’agit d’ailleurs d’un constat auquel en venait également le Conseil supérieur de l’éducation en 2014. En conséquence, cela rend difficile la planification et l’organisation d’une offre de formation répondant aux besoins exprimés par le personnel enseignant et freine potentiellement la mise en place de mesures de soutien qui favoriseraient leur participation.

À cela s’ajoute le fait qu’au Québec comme ailleurs dans le monde, telles qu’elles sont conçues la plupart du temps, les activités de développement professionnel sont inefficaces, étant trop brèves, isolées, fragmentées, incohérentes et décontextualisées. Conséquemment, dépenser davantage de fonds publics pour financer principalement la participation des enseignantes et des enseignants à ce type d’activité — voire les contraindre à participer à des activités inefficaces, comme le laisse entendre le ministre à travers son article 133 — pourrait n’être d’aucune utilité : ni sur la transformation des pratiques enseignantes, ni sur le bien-être enseignant, pas plus que sur la réussite des élèves.

Ainsi, plutôt que de s’engager dans une démarche coercitive visant à «obliger, contrôler, évaluer, sanctionner», le ministre de l’Éducation gagnerait à prendre acte et fait des résultats de la vaste enquête qui se déroule actuellement et dont l’objectif consiste justement à décrire les activités de développement professionnel privilégiées par le personnel enseignant des écoles primaires publiques du Québec, ainsi qu’à identifier les mesures de soutien et les freins à leur participation à ces activités.

Faut-il encore le rappeler, les enseignantes et les enseignants sont des professionnels de l’enseignement et de l’apprentissage. Lorsqu’ils s’engagent dans leur développement professionnel, ils le font de manière consciente, autonome et réfléchie et cet engagement traduit leur intention de transformer leurs savoirs, leurs habiletés et leurs attitudes professionnels dans l’objectif d’améliorer la réussite éducative de leurs élèves.

Reconnaître l’autonomie et le professionnalisme de nos enseignantes et de nos enseignants, c’est aussi ça valoriser la profession enseignante.