Maquette de l'îlot McWilliam

Projet de l’îlot McWilliam: chercher l’erreur

POINT DE VUE / Le projet immobilier du 8, rue McWilliam, fait couler de l’encre depuis un certain temps dans les pages du Soleil. L’article proposé par le propriétaire et promoteur, Jean-Philippe Pagé, le 11 septembre 2019, est le dernier en lice. Je n’ai personnellement aucun intérêt dans ce projet, mis à part que je travaille dans le Vieux-Québec depuis 26 ans et que j’ai à cœur, en tant qu’architecte, professeur et directeur d’école d’architecture, le développement harmonieux de nos milieux de vie, particulièrement ceux de la ville de Québec. Je ne connais ni le promoteur ni les voisins du projet. Je n’ai rien à perdre ou à gagner à le commenter.

Il m’est toutefois apparu nécessaire de remettre les pendules à l’heure car, à mon avis, des arguments d’inégale valeur se mêlent depuis un certain temps au sujet de ce projet. Certains cherchent apparemment des erreurs là où il n’y en a pas vraiment. J’abonde dans le sens de Jean-Philippe Pagé et de Serge Viau : ce projet est bien intégré à son milieu, d’une échelle adéquate et doté de plusieurs caractéristiques qu’il partage avec son environnement immédiat. Surtout, il est normal que l’insipide stationnement qui occupe ce site depuis trop longtemps — une erreur — soit remplacé par une construction bien alignée sur rue et d’un gabarit comparable, sinon légèrement supérieur à celui de ses voisins. Faut-il rappeler que le surhaussement progressif des quartiers centraux est un processus normal de leur évolution ? S’il fallait toujours construire à la même hauteur que ses voisins, nous en serions encore à construire de petites maisons d’un étage et demi dans tous les quartiers centraux de Québec, ce qui n’aurait évidemment aucun sens. Ce qu’il faut gérer, ce sont les écarts trop importants qui font saillie dans les tissus sériels. Ce n’est pas le cas ici.

Il ne fait pas de doute, selon moi, que si ce projet se concrétise comme on le voit sur les images rendues publiques, il participera de manière positive à bonifier le secteur, tant au plan urbain que social. On peut bien lui trouver quelques faiblesses sujettes à débat, mais il est à parier que les arguments invoqués se révèlent la plupart du temps spontanés et non documentés, comme autant d’expression de préférences subjectives, non pas fondée sur l’indispensable connaissance de principes éprouvés ou d’exemples de ce qui se fait de mieux ailleurs en matière d’intégration architecturale en milieux patrimoniaux. Cela, sans parler des intérêts qui, bien sûr, biaisent le regard et le propos de plusieurs, quand bien même serait-ce sous une apparence de rigueur. Je saisis mal comment on peut s’opposer à un tel projet, qui ne passera sans doute pas à l’histoire; contrairement aux erreurs flagrantes qui ont déjà massacré, qui massacrent actuellement ou qui massacreront bientôt le patrimoine hérité que nous cherchons à préserver et celui que nous nous apprêtons à laisser aux générations futures. Il ne faut pas regarder bien loin pour trouver. Un peu plus à l’ouest, un peu plus au nord et les exemples ne manquent pas. 

Quand on constate l’indifférence générale à leur égard, je me demande si on ne voit pas des erreurs où il n’y en a pas et si, pendant ce temps, nous n’en échappons pas d’autres, magistrales.