L'arrivée à Port-Daniel-Gascons d'une cimenterie semble incompréhensible pour l'auteur, selon qui le marché est déjà saturé et que le projet menacerait des emplois dans d'autres régions du Québec, tout en contribuant fortement aux émissions de gaz à effet de serre.

Projet de cimenterie à Port-Daniel - Un sacrifice d'emplois

À madame Pauline Marois, première ministre du Québec
Nous sommes respectivement présidents des sections locales 9232 et 6658 du Syndicat des Métallos, chez Ciment-Québec à Saint-Basile-de-Portneuf et Ciment Lafarge à Saint-Constant. C'est avec inquiétude et étonnement que nous avons pris connaissance de votre décision d'investir dans un projet de cimenterie à Port-Daniel.
Qu'un gouvernement stimule le développement économique par des investissements direct, on peut comprendre. Mais cette capacité d'intervention s'accompagne d'une responsabilité supérieure. Le gouvernement doit s'assurer de ne pas nuire, de ne pas mettre en péril d'autres emplois. Créer 500 emplois en Gaspésie pour en perdre autant ailleurs au Québec, ce n'est plus du développement économique.
Nous comprenons très bien que les gens de la Gaspésie aient besoin d'emplois. C'est ce qui fait vivre une communauté. Et c'est précisément ce qui nous fait craindre pour la vitalité de nos propres communautés. Dans nos deux usines, on y travaille souvent de génération en génération, de père en fils, d'oncle en neveu. À Saint-Constant et à Saint-Basile, des industries aussi importantes, il n'y en a pas d'autres. Ce sont des centaines d'emplois directs et indirects qui sont en jeu.
Les cimenteries du Québec fonctionnent actuellement à 60 % de leur capacité. Si les commandes étaient au rendez-vous, nous pourrions produire demain matin les 2 millions de tonnes supplémentaires qu'on prévoit produire à Port-Daniel. Concrètement, nous avons travaillé seulement entre 8 et 10 mois l'an dernier, faute de commandes en Amérique du Nord. Les économies émergentes font du dumping sur le marché nord-américain. Et on nous dit que l'ajout d'une usine n'empirera pas la situation? Ben voyons donc! Personne n'a daigné en faire la preuve.
Lors d'une rencontre avec un membre de votre gouvernement en octobre, on nous a dit qu'une étude de marché serait effectuée pour s'assurer de ne pas nuire aux emplois existants. Or, la seule étude indépendante qu'on a vue conclut qu'il n'y en a pas de marché.
Vous prétendez avoir d'autres analyses en poche? Soit, montrez-les nous. Rencontrez-nous. Pour le moment, des travailleurs, dont plusieurs âgés de plus de 50 ans, vivent une grande insécurité.
La nouvelle compagnie financée par les deniers publics prétend qu'elle ne vise pas le même marché. Comment y veillerez-vous? Pourront-ils soumissionner pour des appels d'offres publics au Québec?
Nous avons vu ce qui est arrivé à nos frères de l'industrie de l'amiante, largués par les gouvernements, qui se retrouvent devant rien la cinquantaine passée. Est-ce qu'on nous laissera tomber nous aussi après des dizaines d'années de service, sacrifiés.
Les cimenteries où nous travaillons ont fait des pieds et des mains pour se moderniser, pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Et ça fonctionne. On comprend que ce nouveau joueur brûlera davantage de combustible fossile, produisant l'équivalent de 10 % des émissions de gaz à effet de serre de tous les secteurs industriels confondus au Québec selon les données avancées par les groupes écologistes.
Il y a deux poids deux mesures, madame Marois. Nous nous sentons trahis, abandonnés.
Marc Tessier, président de la section locale 9232, 55 ans et 28 ans à l'emploi de Ciment-Québec à Saint-Basile-de-Portneuf
Éric Boulanger, président de la section locale 6658, 44 ans et 23 ans à l'emploi de Ciment Lafarge à Saint-Constant