«L'étonnant appui public du recteur Brière à Beauport 2020 mérite que les autorités gouvernementales appropriées s'y attardent. L'indépendance politique et l'image de l'Université Laval en dépendent», écrivent les auteurs.

Projet Beauport 2020: l'appui du recteur, un message inquiétant

Dans une lettre envoyée au Bureau du secrétaire général de l'Université Laval le 9 février dernier, le président du GIRAM demande que le conseil d'administration de l'Université Laval exige que le recteur Brière quitte ses fonctions. Il mentionne aussi que la ministre de l'Enseignement supérieur du gouvernement du Québec devrait se pencher sur la proximité du Port de Québec et de l'Université Laval; madame Marie-France Poulin est à la fois présidente du conseil d'administration de l'Université Laval et présidente du conseil d'administration du Port de Québec.
L'Agence canadienne d'évaluation environnementale (ACÉE) a tenu des séances d'information les 1er et 2 février derniers. La population de Québec y était conviée pour poser des questions à l'Administration portuaire de Québec (APQ) et pour formuler des commentaires sur les effets environnementaux potentiels du projet Beauport 2020. Le 8 février, une lettre signée par des figures dominantes de l'establishment économique et Denis Brière, le recteur de l'Université Laval, était publiée dans Le Soleil.
La lettre en tant que telle n'est pas surprenante : on sait que des représentants politiques et des gens d'affaires se positionnent en faveur de Beauport 2020. Cela dit, la signature du recteur devrait, sinon étonner, du moins nous amener à interroger les raisons d'une action politique aussi visible, et à exiger de monsieur Brière qu'il exprime clairement le «pourquoi» de cet appui public à Beauport 2020.
En ce qui nous concerne, à titre de professeurs, le message qu'envoie le recteur est inquiétant. D'une part, M. Brière n'ignore certainement pas que de nombreux étudiants, professionnels de recherche, professeurs et autres membres de la communauté universitaire habitent dans les quartiers soumis aux poussières métalliques émises à partir du port. 
D'autre part, la décision du recteur de joindre sa voix, en tant que recteur de l'Université Laval, au groupe de gens d'affaires qui ont rédigé la lettre d'appui à Beauport 2020 pourrait avoir des conséquences sur la recherche universitaire. Elle pourrait intimider les chercheurs qui s'intéressent de près ou de loin à l'agrandissement du port de Québec ou à toute autre controverse publique. On sait que beaucoup de chercheurs entretiennent des craintes à l'égard de la mise à contribution de leur expertise dans le cadre de conversations sociopolitiques tumultueuses (l'ouvrage récent du professeur Michel Dorais, Le savoir engagé, aborde entre autres cet aspect).
L'étonnant appui public du recteur Brière à Beauport 2020 mérite que les autorités gouvernementales appropriées s'y attardent. L'indépendance politique et l'image de l'Université Laval en dépendent.
Chantal Pouliot, professeure titulaire, Faculté des sciences de l'éducation
Bernard Roy, professeur titulaire, Faculté des sciences infirmières
Simon Viviers, professeur adjoint, Faculté des sciences de l'éducation
Thérèse Hamel, professeure titulaire, Faculté des sciences de l'éducation
Pénélope Daignault, professeure agrégée, Faculté des lettres et des sciences humaines
Manon Niquette, professeure titulaire, Faculté des lettres et des sciences humaines
Patrick Martin, professeur adjoint, Faculté des sciences infirmières
Chantal Leclerc, professeure retraitée, Faculté des sciences de l'éducation