Afin d'enrayer la pénurie d'enseignants déjà inquiète, il faut absolument que notre société valorise cette profession.

Profession d'enseignant: il nous faut attacher le grelot

Lettre ouverte au ministre de l'Éducation, Monsieur Sébastien Proulx
Ils sont nombreux, les efforts, les recherches, les documents et les projets d'amélioration que suscite de toutes parts l'école québécoise. Vous y allez pour votre part de votre politique de la réussite éducative. Tous, vous cherchez à identifier les causes du mal dont souffre notre école et à leur inventer des remèdes. Vous avez identifié de multiples causes, mais il en est une qu'on passe sous silence et elle est fondamentale : c'est le trop petit pourcentage des meilleurs finissants et finissantes de nos cégeps qui optent pour la profession de l'enseignement au primaire et au secondaire.
Et quel est ce pourcentage? Les statistiques officielles de votre ministère le savent bien, et nous savons tous que ce pourcentage est honteusement bas. Ce que nous savons tous aussi, c'est que la plupart des meilleurs de nos cégépiens choisissent des carrières assurant un certain prestige social, dont les exigences d'admission aux universités et la hauteur des revenus escomptés sont des composantes. 
Depuis l'automne 2008, la réussite du Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFÉE) est une condition de poursuite des études dans tous les programmes de formation à l'enseignement des universités québécoises francophones. Or, pour l'item orthographe, la moyenne de réussite nationale de ce test oscille entre 58 et 62 %. Une catastrophe! En 2008, aux examens du ministère de l'Éducation, 50 % des élèves de cinquième secondaire échouent au volet orthographe, 50 % font environ 50 fautes dans un texte de 500 mots (environ une aux 10 mots), et ce, même s'ils ont droit au dictionnaire et à la grammaire. À l'Université Laval, environ 50 % des étudiants en enseignement primaire et secondaire n'obtenaient pas la note de passage de 60 % à l'examen de français qu'on faisait passer à l'arrivée dans ce programme.
Notre société le veut ainsi. Avec raison, elle exige, par exemple, pour la qualité de nos soins de santé et la solidité de nos ponts, le recours aux plus talentueux de nos finissants et finissantes de cégep. Quand donc en fera-t-elle autant pour la profession de ceux et celles à qui nous confions la formation de nos enfants, le Québec de demain? Il faut absolument que notre société valorise la profession d'enseignant, comme vous le précisez d'ailleurs dans votre politique de la réussite éducative. Il sera long, ce changement de mentalité, et il faut s'y mettre d'urgence, car le problème risque fort de s'envenimer en raison de la pénurie d'enseignants déjà inquiétante. Insister sur ce fait désolant peut être désagréable à entendre, mais continuer de le passer sous silence serait grand dommage pour l'avenir de notre société. Il faut, avec courage comme dans la fable de La Fontaine, attacher le grelot. Je crois que vous êtes homme à le faire.
Jules Bélanger, ex-professeur de cégep, Gaspé