Pouvons-nous concevoir un colloque sur les femmes avec une majorité d’hommes? Non, au même titre qu’un colloque sur l’inclusion des personnes handicapées devrait comprendre les acteurs concernés, insiste notre lectrice.

Prise en charge du handicap: un colloque décevant

Le 1er décembre dernier a eu lieu le troisième colloque annuel de Bruxelles-sur-Seine, à Paris sous le thème De la prise en charge du handicap à une société plus inclusive. Les Offices jeunesses internationaux du Québec (LOJIQ) se sont associés à l’évènement. Ils ont envoyé quatre jeunes Québécoises concernées par le thème du colloque pour y participer. Cette expérience m’a permis d’acquérir des connaissances et d’ouvrir les yeux sur certaines problématiques.

Tout d’abord, j’aimerais remercier l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ), qui fait partie du regroupement des organismes de mobilité internationale jeunesse du Québec. Grâce à leur soutien financier, j’ai pu m’envoler pour Paris afin de discuter des enjeux de l’inclusion des personnes handicapées, au colloque de Bruxelles-sur-Seine. Merci de m’avoir donné la chance d’apprendre, à 22 ans, ce que certaines personnes mettent beaucoup plus de temps à constater. D’avoir compris les obstacles du chemin vers une société plus inclusive, à un âge où j’ai encore l’ambition de changer le monde et à un âge où je prends encore la peine de me questionner sur le système actuel sans me résigner aux injustices qui semblent malheureusement être normales.

J’étais très enthousiaste à l’idée d’aller échanger avec d’autres professionnels sur les meilleures pratiques et les enjeux de l’inclusion des personnes handicapées. J’ai vite compris qu’on ne ferait pas bouger quoi que ce soit et qu’on pouvait questionner ma pertinence en tant que Québécoise. Mais le plus décevant: seulement une dizaine de personnes handicapées étaient présentes sur l’ensemble. Comment peut-on penser organiser un colloque sur l’inclusion des personnes handicapées quand seulement 10 % des participants sont directement concernés?

Pouvons-nous concevoir un colloque sur les femmes avec une majorité d’hommes? Non, c’est impensable et ça a bien raison de l’être. Une société inclusive passe par l’inclusion des acteurs concernés dans les décisions prises. De plus, les profils variaient beaucoup trop pour permettre des échanges pertinents. Comment voulez-vous qu’on s’arrime sur de nouvelles voies de conciliation pour l’inclusion des personnes handicapées si nous sommes impliqués à différents niveaux avec des personnes qui ont différents types de limitations?

Comment voulez-vous qu’on arrive à de vrais résultats si aucun décideur d’aucun pays ne se présente et qu’aucun dépôt de mémoire ou de sortie médiatique en découle? Les actes du colloque seront publiés en septembre 2018. On parle de presque un an plus tard. J’ai très hâte de voir ce qu’ils ont tant retenu de cet évènement pour mettre un an à nous le partager.

Pour moi, les conclusions sont claires: un bel exemple d’un troupeau de moutons qui viennent se donner des tapes dans le dos en essayant de se convaincre qu’ils font ce qu’ils peuvent. J’ai pris part à cette grande mascarade qui semble habituelle, mais qui me dérange, voire m’irrite. L’expérience sociale que j’en ai faite me désole encore plus. Je ne compte plus les personnes de mon réseau, ici au Québec, qui m’ont dit, devant ma frustration, de m’y habituer. C’est comme ça partout et je verrais toute ma vie des évènements du genre.

À la suite de cette énorme déception, je remercie l’OFQJ de m’avoir ouvert l’esprit sur un grand obstacle de la carrière que j’ai choisie. J’espère que dans 20 ans, je ne ferai toujours pas partie des personnes qui trouvent normal de créer des colloques très onéreux qui donnent l’impression qu’on travaille fort à une future société inclusive. En attendant ce jour, je reprendrais bien une tranche de foie gras avec un verre de vin rouge s’il-vous-plaît. 

Anne-Sophie Verreault, Québec