L'auteur de cette lettre d'opinion demande aux automobilistes d’être vigilants et aussi de laisser la priorité aux piétons, tel que la loi le stipule.

Priorité à la vie!

POINT DE VUE / De plus en plus de piétons sont happés par les automobilistes. Tout dernièrement, une jeune piétonne de 23 ans a succombé à ses blessures quelques jours après avoir été frappée de plein fouet par un conducteur.

On me dira qu’il faut s’y faire, que des piétons, il en tombe par dizaine tous les jours dans les grandes villes de notre planète. Qu’on est dans un monde fou où le parc automobile mondial est en train de nous engouffrer de toute façon. Je sais bien, mais moi je ne m’y fais pas. Je ne me résonne pas à ce sujet.

Vous voyez, 23 ans, c’est à peu près le même âge qu’Hélène, une figure emblématique de ma mémoire. Jeune étudiante en art talentueuse, vouée à un brillant avenir au dire de ses professeurs, une artiste qui avait déjà en elle une touche de génie. Mais surtout, une amie chère à moi, belle, gracieuse, intelligente, vertueuse, qui m’a fait connaître et aimer les grands noms de la chanson française et québécoise, qui m’a introduit au monde de l’art moderne, qui aimait à la folie la vie, mais qui savait si bien critiquer notre monde avec vision et grande pertinence. Elle était plus âgée que moi de quelques années, elle était presque une mentore à mes yeux. Elle marchait dans notre monde la tête haute et le regard frondeur en fredonnant des airs de Ferré et de Barbara. Quand je marchais à ses côtés, je rêvais du jour où enfin je pourrais lui prendre la main pour aller valser ensemble sous les étoiles.

Mais un soir, où pas moins de 200 kilomètres me séparaient d’elle, elle fut projetée hors du cadre de la vie par un automobiliste qui avait oublié qu’il fallait donner priorité aux piétons, surtout dans une ville comme Montréal. Hélène fut fauchée bêtement, injustement, dans un éclat vif, alors qu’elle était en plein élan vers la lumière, alors qu’elle était en plein essor, alors qu’elle venait tout juste de quitter, ce soir-là, les portes de l’université. Pour Hélène, mais aussi pour tous ceux et celles qui ont perdu la vie en ne faisant tout simplement que marcher dans nos villes. Pour ces humains actuels, bipèdes vulnérables, marcheurs de jour ou de nuit, hommes et femmes de notre époque.

Pour eux, je demande aux automobilistes d’être vigilants et aussi de laisser la priorité aux piétons, tel que la loi le stipule. De laisser une chance à tous ces êtres qui marchent sous les astres et sous le soleil. Priorité à la vie!