Les auteurs de cette lettre sont d’avis que le Québec ne doit pas se déposséder de son humanité pour satisfaire les vues de technocrates calculateurs.

Préserver l’humanité des soins de santé en région

«J’suis tellement contente que ça se passe comme ça. J’aimerais que vous écriviez une lettre aux journaux. Vous êtes bons là-dedans vous autres.»

En novembre dernier, notre amie Claudette est décédée à sa demande. Elle a choisi elle-même le moment pour en finir avec un cancer qui lui réservait un dernier chien de sa chienne. Quelques jours encore et c’était l’occlusion intestinale. Ses intestins se préparaient à faire marche arrière. La seule issue restait la bouche.

Personne ne veut vivre ça, et ça, c’est la seule perspective qui lui restait. Ses proches, ses amis, l’équipe médicale ont compris qu’elle veuille y échapper. Tous l’ont appuyée, aidée, aimée. Devant l’ignominie de la maladie s’est dressée la noblesse d’une humanité bienveillante.

Tout bouleversant qu’ait été l’événement, nous en gardons la consolation qu’apporte une détermination inébranlable, un courage commun, une aimante solidarité, une douleur partagée. Pour qu’un tel événement survienne dans les meilleures conditions, comme ce fut le cas, il faut à la fois la force de la personne concernée, l’amour des proches et l’empathie du milieu médical. Et pour que se manifeste cette empathie, il faut que le patient et ses proches aient le temps, l’occasion et la chance de développer une relation confiante avec les médecins et le personnel infirmier.

Cette relation essentielle échappe à l’aveuglement auquel conduit une administration obnubilée par la rationalisation, l’économie des moyens et la concentration des services. Notre amie Claudette a vécu sa maladie jusqu’au bout dans un hôpital en région, dans un milieu à dimension humaine, assistée par des médecins, des femmes médecins et infirmières, qui comprenaient ce qu’elle devait affronter. Notre amie Claudette a pu savoir, alitée sur son lit d’hôpital, que son chat s’adaptait à la maison de son frère, elle a pu caresser une dernière fois Babine, notre chienne, qui s’est empressée de se coller contre elle dans son lit de mourante; elle a pu préparer sereinement ses derniers moments en admirant de sa fenêtre de chambre les couchers de soleil sur les champs labourés. Elle a possédé sa vie jusqu’à sa mort.

Parce que nous sommes des humains, des citoyens, même lorsque nous devenons des patients, il est important, voire crucial, de maintenir un réseau de santé de proximité. Le Québec ne doit pas se déposséder de son humanité pour satisfaire les vues de technocrates calculateurs. Surtout que l’expérience a montré qu’être calculateur ne veut pas dire qu’on sait compter.

Merci d’abord à Véronique Hivon pour la bataille livrée pour rendre possible l’aide médicale à mourir, merci aussi infiniment aux courageuses docteures qui ont accompagné notre amie et à toute l’équipe infirmière de l’hôpital Notre-Dame-de-Fatima de La Pocatière.

Comme disait Claudette à la fin : «Je suis contente, si je peux finir ma vie de cette façon, c’est la preuve que nous avons quand même fait avancer les choses, nous les femmes.»

Les garçons, Réal D’Amours et Raymond Caron, Deschambault