Pourquoi suis-je insatisfait de la qualité du contenu des médias?

En réaction à l'éditorial de Jean-François Cliche «L'oeuvre de Trump, la part des médias», publié le 18 juillet.
Les médias traditionnels affrontent un environnement très difficile. Dans le passé, le volet de la consommation d'information était largement subventionné par le volet publicitaire. Cela disparaît rapidement. De plus, la concurrence s'est accrue, la technologie permettant de rejoindre une multitude de sources d'information.
Ce texte ne vise pas à analyser l'industrie des communications; il porte plutôt sur des aspects du contenu de l'information que sont la diversité d'opinions, le mélange des genres et l'omniprésence du moralisme. Pour ce faire, je me limite à trois longues citations qui, à mon avis, cernent bien les sujets.
Le manque de diversité
En mai 2009, l'ombudsman de l'époque à Radio-Canada, Julie Miville-Dechêne publiait un texte sur la diversité ou plutôt sur son manque dans les grands médias québécois. En voici un extrait :
Il n'y a pas assez de diversité d'opinions et de diversité culturelle dans les grands médias québécois... Parlons d'abord des journalistes. Les plus influents appartiennent souvent à la génération des baby-boomers. Et la grande majorité d'entre eux - jeunes ou vieux - partagent la même idéologie. Ces Québécois «de souche» ont surtout étudié les sciences humaines et ont été contestataires dans la mouvance nationaliste et/ou de gauche. Souvent, leur façon de voir le monde comporte, par exemple, les éléments suivants : préjugés favorables envers les syndicats, antiaméricanisme, anticléricalisme, etc.
Remarquez que ce phénomène du «trop petit nombre» ne touche pas la classe journalistique plus que les autres. La preuve nous en est donnée chaque jour par les médias lorsque nous écoutons les experts sollicités pour nous éclairer. Les mêmes têtes reviennent. Un exemple : à lui seul, Steven Guilbeault, ex-directeur de Greenpeace au Québec, a été entendu 120 fois à la radio et à la télévision de Radio-Canada en 2007!
Autre réalité : les commentateurs qui filtrent les nouvelles politiques et les interprètent pour notre bénéfice, sauf exception, baignent tous dans le même bouillon.
Le mélange des genres
À l'intérieur d'une série à Télé-Québec donnant la parole aux anciens politiciens sur leur vécu, Stéphane Bédard a identifié les problèmes du mélange des genres et de la superficialité de l'information:
Maintenant, le monde des médias, des nouvelles, des commentateurs, du spectacle, c'est rendu très près. On ne voit plus la différence entre celui qui commente, qui analyse et qui fait la nouvelle. Le mélange des genres est constant.
On demande à quelqu'un d'être spécialiste d'un domaine en une demi-heure, qui doit produire un bulletin instantanément. On est dans l'instantané. Il doit résumer des sujets très complexes en deux ou trois phrases. C'est loufoque, complètement loufoque.
Beaucoup de gens réfléchissent, pondent des programmes, mais pas assez de gens les lisent, s'intéressent au fond. Ce qui reste est deux ou trois phrases, un clip, un slogan.
La meilleure façon de passer à l'Assemblée, je disais cela quand tout allait mal, on va pousser quelqu'un dans les marches... Si le premier ministre était tombé dans les marches en saluant les journalistes, cela va couvrir bien de la nouvelle. C'est incroyable. C'est ça qui est malheureux.
Le moralisme du milieu des communications
Pour sa part, le sociologue Raymond Boudon a essayé d'expliquer le moralisme des milieux intellectuels dont celui des communications :
On peut avancer que ces différents facteurs - baisse en moyenne des exigences scolaires et universitaires, installation d'une épistémologie disqualifiant la notion d'un savoir objectif - ont produit un autre effet d'importance cruciale : ils ont contribué à provoquer un épanouissement du moralisme dans le milieu enseignant et, au-delà, dans les milieux intellectuels. Car il est plus facile de porter un jugement moral sur tel épisode historique ou sur tel phénomène social que de les comprendre. Comprendre suppose à la fois information et compétence analytique. Porter un jugement moral ne suppose en revanche aucune compétence particulière. La reconnaissance de la capacité de comprendre suppose une conception objectiviste de la connaissance. Pas celle de la capacité de sentir. De plus, si tel jugement moral rencontre la sensibilité d'un certain public ou s'il est conforme aux dogmes qui cimentent tel réseau d'influence, il peut être socialement rentable. 
Gérard Bélanger, professeur retraité du département d'économique, Université Laval