Des parents d'élèves de l'école Maria-Goretti se demandent pourquoi la direction de l'établissement scolaire souhaite changer le nom de l'école.

Pourquoi rayer Maria Goretti?

L’école Maria-Goretti changera bientôt de nom, s’il n’en tient qu’à la direction de celle-ci et au comité mandaté pour proposer une nouvelle identité.

L’histoire de Maria Goretti est âpre et plutôt lugubre. De nos jours, cette petite victime d’un crime sordide – faite Sainte – ne parle pas vraiment aux enfants ni aux parents. Tout ce qui évoque la religion d’ailleurs relève d’une autre époque. Les Constellations, le nom retenu est certes plus actuel.

Le comité de la nouvelle identité se défend de vouloir gommer les traces du passé religieux du Québec. Des parents ont cherché à savoir pourquoi changer de nom. La réponse officielle : cette démarche participe d’un renouveau du projet éducatif instauré par la commission scolaire et de la politique de réussite scolaire du ministère. 

Sûr, les Constellations, c’est vaste. Ça parle d’ouverture et d’horizons infinis et ça fait rêver. Cela évoque le reach for the stars des Américains, le Petit Prince de Saint-Exupéry, ses planètes, ses étoiles et sa galerie de personnages. Plus scintillant tout ça que cette jeune fille morte des suites d’une agression à l’arme blanche, puis canonisée par une religion toujours empressée de se trouver de nouveaux martyrs.

Pourquoi garder un tel nom en 2017? Les églises sont transformées en salles de spectacles, en condos ou démolies. Les sermons du catholicisme sont déphasés. Pourquoi alors ne pas poser la question ouvertement?

Faux prétextes

Dans cette affaire, tout se passe comme si le comité a voulu éviter un débat en mettant les parents et la communauté devant un fait accompli. L’attribution d’un nouveau nom à une école est-il nécessaire dans la redéfinition d’un projet éducatif? Quel est le lien entre les deux? 

Diverses rencontres avec des membres du Conseil d’établissement et la directrice de l’école ont permis de constater que les porteurs de cette nouvelle identité sont incapables de répondre à ces questions. Incapables de démontrer les liens entre un changement de nom et un accroissement de la réussite scolaire.

En rencontre, ils ont avoué les réelles intentions derrière la démarche. Dans un premier temps, ils ont souhaité changer le logo qui se transpose mal sur les chandails des équipes sportives de l’école, puis le comité a convenu qu’il fallait en profiter pour donner une nouvelle identité à l’école; faire peau neuve en changeant aussi de nom.

Le nom trop tabou

Trop taboue Maria Goretti. Voilà en gros ce qu’invoque la direction de l’école. Trop difficile à expliquer à des enfants du primaire. 

Évidemment, le fait de pardonner à un jeune homme qui agresse et qui tue peut paraître exalté et délirant... une espèce de perte de contact avec la réalité. Mais il faut savoir que le criminel n’a pas été blanchi; il a passé 27 ans derrière les barreaux. Quelques années après sa sortie de prison, au moment de la canonisation de Maria, sa mère et le tueur repenti ont assisté à la cérémonie côte à côte. La mère avait pardonné elle aussi à l’assassin de sa fille. 

Il nous semble que dans cette époque où les agresseurs sont dénoncés et réprouvés, cette histoire a plus que jamais sa place. Non pas tant pour les femmes qui dénoncent et qui se défendent contre les agresseurs et des siècles de silence, mais plutôt comme modèle pour les agresseurs. Alessandro Serenelli, incarcéré puis devenu moine, a cherché pour une grande partie de sa vie à mériter ce pardon, à se repentir. Il nous semble aussi qu’au moment où, grâce au mouvement #moiaussi, nos sociétés sont forcées de reprogrammer les rapports hommes-femmes pour désintégrer cette domination masculine, cette histoire nous rappelle justement que cette violence a été tolérée depuis trop longtemps.

Balayer les traces du passé ne changera rien au passé, mais privera des générations d’une partie des informations permettant de le comprendre.

Quant au nouveau projet éducatif que l’on nous sert comme prétexte à ce changement de nom, je suggère qu’on y intègre les principes de la démocratie, qu’on les enseigne aux 4e, 5e et 6e années. Voilà œuvre utile dans un projet éducatif : éveiller à la démocratie. On explique d’abord les principes du vote, puis les arguments en faveur du changement de nom et aussi l’histoire, sans fard, de la petite Maria Goretti. Après, on demande aux élèves de voter. 

Si l’on tient tant à mettre de côté le passé et à s’ouvrir sur l’univers et au cosmos, pourquoi ne pas nommer notre école d’après un personnage marquant comme l’astrophysicien québécois Hubert Reeves, ou un autre personnage marquant servant de modèle pour nos enfants?

Branding dans une école

Toutes ces questions et ces propositions ont été soumises à la direction de l’école qui a clairement indiqué son refus de s’encombrer de ces considérations. La direction propose toutefois l’installation d’une plaque pour rappeler l’ancien nom.

La nouvelle identité a été proposée par un spécialiste du branding, cette branche du marketing qui sert à créer des marques de commerce fortes. 

La direction de l’école a flairé la bonne affaire! Elle a sauté sur l’occasion en taisant certaines questions essentielles. Est-ce qu’une école a besoin d’une image de marque? Ou a-t-elle plutôt besoin d’instruire les enfants, de leur enseigner à comprendre le monde qui les entoure? Est-il nécessaire de changer le nom d’une école pour créer un nouveau logo? 

Justin Boucher, Fanny Côté, Véronique Day, Suzanne Lemay, Sébastien Maltais, Diane Moore, Christian Villeneuve, Parents d’élèves à Maria-Goretti