Pourquoi il n’y a pas d’année zéro

POINT DE VUE / En réaction à la chronique La «bordélisation» de la lumière de Jean-François Cliche, parue le 13 janvier

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Cher M. Cliche,

Étant physicien et économiste, j’ai un petit intérêt professionnel dans la précision des nombres. Vous excuserez donc cette réponse à votre article d’hier.

Année zéro? Aye aye aye... Courte note sur le zéro puis à «l’année zéro».

S’il est vrai que les mathématiciens comme tels se sont longtemps chicanés sur l’existence du concept de zéro, les comptables n’avaient aucun problème avec lui. N’importe quel homme d’affaires sumérien savait fort bien que si on lui devait trois shekels et qu’on lui remboursait trois shekels, il n’y avait plus de dettes sur sa tablette d’argile. Il n’y voyait pas de vide métaphysique inconcevablement impossible et passait à des choses plus fondamentales comme disons sa prochaine vente de moutons à crédit, notion parfaitement assimilée par les Anciens.

De même pour les collecteurs d’impôts du pharaon qui savaient si vous deviez quelque chose ou pas ou aviez droit à un remboursement dans le cadre du programme de soutien aux victimes de la dernière sécheresse.

Année zéro: s’il n’y a pas d’année zéro, c’est qu’il ne peut mathématiquement y en avoir. On confond un point (le zéro) et une durée (la première année). Quand le calendrier commence, on commence la première année, pas la zérotième. Les enfants entrent à l’école en 1re année, les entreprises terminent leur première année fiscale, le politicien fait le bilan de sa première année de mandat et l’ordre du monde continue. La confusion vient que pour simplifier les choses, on dit l’année 2020 et non l’année 2020e. C’est juste plus court. Une bonne part du progrès vient de la paresse créatrice.