Pour valoriser les enseignants, il faut d'abord les écouter!

La ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Marie Malavoy, a déclaré vouloir organiser un événement public portant sur la valorisation de la profession enseignante. À première vue, l'idée semble bonne. On ne peut pas être contre la vertu, non?
La ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Marie Malavoy, a déclaré vouloir organiser un événement public portant sur la valorisation de la profession enseignante. À première vue, l'idée semble bonne. On ne peut pas être contre la vertu, non?
Ce n'est pas si simple. Plutôt que d'organiser un spectacle pour mettre en valeur la profession enseignante, la ministre Malavoy devrait tout d'abord écouter celles et ceux qui l'exercent et faire respecter les lois et leur esprit auprès de son réseau, en accordant aux enseignantes et enseignants l'espace décisionnel qui devrait leur être réservé.
À titre d'exemple : l'enseignement de l'anglais intensif. Sans aucune forme de consultation et fort de la popularité du programme, le gouvernement libéral avait imposé, en 2011, l'enseignement de l'anglais intensif en 6e année à tout le Québec. Nous avons plaidé en vain que la formule, trop rigide et uniforme, était insensée sur le plan pédagogique quant à l'apprentissage durable des autres matières comme le français, les mathématiques et les sciences, dont le temps d'enseignement se voyait littéralement coupé en deux. Une tâche d'enseignement titanesque pour les titulaires de 6e année, un défi irréaliste pour les élèves en difficulté. Nous voulions aussi éviter de sérieuses lacunes sur le plan des apprentissages à moyen et à long terme pour les élèves plus vulnérables.
À la suite d'une promesse électorale de revoir l'enseignement de l'anglais dans son ensemble, y compris les meilleures formules pour l'enseigner, l'arrivée du gouvernement du Parti québécois nous avait donné l'espoir de voir les choses se replacer. Certes, la ministre a annoncé que l'enseignement de l'anglais intensif en 6e année n'était plus obligatoire, bien que souhaitable, soulageant du coup certains milieux qui l'estimaient inapplicable. Mais l'implantation initialement souhaitée par la machine a bien souvent suivi son cours.
La loi prévoit que tout projet particulier doit venir du milieu, parce que porté par l'équipe-école, puis doit être approuvé par le conseil d'établissement. Ce n'est pas du tout ce qui se passe présentement.
Dans les faits, certaines commissions scolaires décident d'offrir un projet particulier comme l'enseignement intensif de l'anglais en 6e année là où elles le veulent, selon une logique marchande. C'est la concurrence entre les écoles, publiques ou privées, qui dicte l'apparition de tels programmes, plutôt que les considérations pédagogiques. Après une campagne bien orchestrée, orientée ou incomplète, l'implantation est souvent insidieusement imposée par les commissions scolaires aux directions d'établissement, avant d'être votée par le conseil d'établissement.
Qu'on se comprenne bien : l'apprentissage de l'anglais est souhaitable, mais ne devrait pas se faire au détriment de la qualité des apprentissages dans l'ensemble des autres matières. Certaines formules d'anglais intensif ne sont pas souhaitables, mais leur implantation se poursuit malgré tout dans certains milieux, souvent sans égard à ce qu'en pense le personnel enseignant. À défaut d'avoir en main une analyse complète et rigoureuse de la situation de l'enseignement de l'anglais (impacts, formules, effets sur les apprentissages des élèves en difficulté, etc.), la ministre doit exiger dès à présent une pause sur tout développement des nouveaux projets d'anglais intensif. C'est maintenant que la prochaine année scolaire s'organise, pas dans trois mois.
Qu'à cela ne tienne, l'apprentissage des autres matières de la 6e année ne doit pas s'en tenir qu'aux bourrages de crâne et aux apprentissages volatiles en vue de bien performer aux examens. Prenons garde aux arguments basés sur les seuls résultats des examens sans tenir compte des impacts sur les apprentissages à plus long terme pour tous les élèves. Quand on ne tient pas compte de l'opinion et de l'expertise du personnel enseignant pour des enjeux pédagogiques aussi importants, on est loin de parler de valorisation de la profession...
Et d'autres exemples, il y en a plusieurs, malheureusement.
La valorisation de la profession enseignante passe en bonne partie par la place accordée au personnel enseignant dans le système. Cela fait six ans que nous étudions la question sous tous ses angles. Nous ne voulons pas seulement des discours vertueux sur la valorisation de la profession enseignante. Nous voulons plutôt un changement d'attitude du ministère de l'Éducation pour défendre et soutenir des enseignants à bout de souffle, qui font un travail extraordinaire et trop souvent sous-estimé.
Valoriser une profession, c'est respecter l'expertise et l'opinion de celles et ceux qui l'exercent au quotidien. Ainsi, nous croyons qu'à toutes les occasions, la ministre doit tenir compte de l'avis du personnel enseignant qu'elle cherche à valoriser.
Josée Scalabrini, présidente de la FSE