Selon l’auteur de cette lettre d’opinion, par une analyse approfondie de notre système appuyée par une étude des approches mises en place par certaines administrations, il serait possible d’apporter à notre service de santé certains ajustements susceptibles de rendre notre système plus efficace et moins dispendieux.

Pour une révision de la structure de base en santé

Actuellement, le gouvernement du Québec, aux prises avec une augmentation importante et constante de la demande et des coûts dans le système de la santé, tente de régler le problème en ajustant les organismes, les programmes et les budgets.

En réalité, la structure de base du système de santé est, elle-même, à l’origine et responsable des problèmes et des difficultés de fonctionnement avec lesquels l’administration publique est actuellement confrontée. Il serait donc important de revoir les éléments de base de notre système lui-même et de l’ajuster à la suite de l’expérience des derniers cinquante ans.

1— Le statut du médecin est reconnu comme entrepreneur indépendant intégré à un système public dont l’unique employeur/payeur est l’État.

2— Le paiement à l’acte par l’État.

Ces deux éléments ont comme résultat que:

— Le citoyen n’a pas à débourser directement pour le service, il n’a donc qu’une décision à prendre, soit d’aller voir le médecin;

— Toutes autres décisions sont prises par le médecin sans que le citoyen soit associé à ces dernières, ce qui a comme résultat que le médecin peut prescrire autant de gestes médicaux qu’il le désire sans aucun contrôle.

Ce constat a comme conséquence que chaque acte étant entièrement défrayé par l’État et il n’existe aucun contrôle exercé par le citoyen et très peu de la part du gouvernement.

Le citoyen est sous l’impression que la médecine est gratuite, donc il n’a aucune motivation à exercer un contrôle sur la consommation des services de santé avec comme résultat une consommation abusive de ces derniers.

Il est donc naturel et humain que le médecin multiplie les actes étant donné que ni le citoyen ni l’État ne contrôlent la consommation des services. Par exemple, les visites annuelles et les radiographies répétitives sont des exemples de multiplications d’actes souvent inutiles. Cette multiplication des actes résulte en une augmentation importante et inutile des ressources financières et de temps.

En conclusion, il serait important d’analyser et de revoir les éléments de base du système de santé afin d’y apporter les ajustements nécessaires. Pour ce faire, il serait pertinent de s’appuyer, entre autres, sur des modèles développés dans différentes administrations publiques.

Les systèmes de santé de certains pays utilisent aussi des approches publiques. Cependant les fondements de base de ces derniers sont différents de ceux du Québec. Par exemple, en France et en Allemagne, le système est décentralisé et le citoyen assume un léger pourcentage du coût du traitement alors qu’en Angleterre le modèle public côtoie différentes formes de gestion inspirées du secteur privé.

Ainsi, par une analyse approfondie de notre système appuyée par une étude des approches mises en place par certaines administrations, il serait possible d’apporter à notre service de santé certains ajustements susceptibles de rendre notre système plus efficace et moins dispendieux.

Jacques Auger Ph.D., ancien professeur associé à l’ENAP, Québec