Pour une méthode québécoise d'enseignement de la lecture

En réponse à la lettre du ministre de l'Éducation «L'éducation doit être la priorité de notre société»
Monsieur Proulx, je me réjouis de votre initiative pour que l'éducation redevienne une priorité pour le Québec. J'adhère encore plus à votre soutien à l'alphabétisation des adultes tout autant qu'aux premiers apprentissages de la lecture chez les enfants. Une priorité à la lecture nous oblige à considérer l'analphabétisme des adultes comme un indice de l'efficacité du système scolaire qui a justement pour mission d'enseigner à lire. Je vous encourage donc à concevoir la maîtrise de la lecture à un niveau fonctionnel comme un projet éducatif et social enthousiasmant plutôt qu'une lutte contre un « fléau » ou « mal » social. Un tel projet pourra alors orienter vos décisions stratégiques pour les investissements à venir. 
Plusieurs des adultes que l'on dit « analphabètes » ont passé au moins 10 ans dans notre système scolaire. Ils n'ont tout simplement pas bien appris à lire. Il semble que l'école ne réussisse pas à faire apprendre à lire de façon efficace à un pourcentage important de la population qui la fréquente. Il faut par conséquent se demander si on utilise toutes les connaissances disponibles pour élaborer les balises de l'enseignement de la lecture. Ainsi, pour ce qui est du début de l'apprentissage de la lecture, la recherche sur l'enseignement de la lecture est formelle. Le passage de la compréhension de la langue orale à celle de la langue écrite (la lecture) se fait par la mise en correspondance des éléments de base de l'oral (les phonèmes) avec les éléments de base de l'écrit (les graphèmes). 
Cette mise en correspondance graphème - phonème doit être enseignée aux lecteurs débutants. Des données, recueillies ici même au Québec, vont dans le même sens, dont la récente recherche réalisée par une équipe de l'UQAM.
Or, les correspondances entre les graphèmes et les phonèmes ne font pas partie des « savoirs essentiels » du programme de formation de l'école québécoise. On peut ainsi affirmer que le programme ministériel ne reflète aucunement les données de la recherche. Par ailleurs, au Québec, tout matériel pédagogique est soumis au Processus d'approbation du matériel didactique du ministère de l'Éducation. Les correspondances graphèmes-phonèmes, absentes du programme, ne figurent pas dans les critères Ministère. Il n'existe donc pas, au Québec, de méthode complète pour l'enseignement de la lecture fondée sur les données probantes de la recherche. Pour offrir un tel enseignement, il faut utiliser du matériel « complémentaire » et nécessairement partiel, ou encore produire son propre matériel, tout en s'astreignant à l'utilisation du matériel approuvé et acheté dans son école. 
Le ministère de l'Éducation peut dès maintenant agir pour rehausser les capacités de lecture au Québec de deux façons. En s'assurant, d'une part, que les programmes reposent sur des connaissances fiables, et d'autre part, en permettant la publication de méthodes fondées sur ces connaissances. 
Vous avez reçu de nombreuses idées lors de vos consultations publiques, monsieur le ministre. J'ai envie d'ajouter celle d'un chantier pour développer une « méthode québécoise » pour l'enseignement de la lecture. Une telle méthode proposée de façon électronique pourrait être utilisée par les adultes des commissions scolaires et des groupes populaires d'alphabétisation ainsi que par tous les élèves du secondaire éprouvant de la difficulté en lecture. Croyez-moi, ce projet mettrait à profit efficacement les montants que vous investirez dans le rehaussement des capacités de lecture des Québécois. 
Giselle Boisvert, retraitée de l'éducation
Étudiante au 2e cycle : projet de recherche sur l'histoire de l'enseignement de la lecture
Montréal