Le chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier, lors de son témoignage lors de la commission parlementaire.

Pour une identité numérique: le modèle estonien

POINT DE VUE / Lors de la dernière consultation parlementaire, le président des caisses Desjardins, a fait appel aux représentants élus d’instaurer une véritable identité numérique. Cette mesure simple permettrait d’éviter le vol d’informations confidentielles et éviterait de nombreux problèmes auxquels nous faisons face actuellement.

J’ai assisté dernièrement à un atelier donné par des représentants estoniens organisé par le ministère des Relations Internationales du Québec. La République d’Estonie est un petit pays de la Baltique, anciennement sous l’égide de l’Union Soviétique. Ce petit pays de 1,3 million d’habitants dispose de loin du système de carte d’identité nationale le plus développé au monde. Bien plus qu’une pièce d’identité avec photo, la carte nationale obligatoire fournit également un accès numérique à tous les services électroniques sécurisés de l’Estonie.

Chaque habitant d’Estonie a en sa possession une carte à puce dans lequel est encodé un numéro d’identification unique. Ce système a commencé à être mis en place au début des années 2000 et aujourd’hui tous les habitants de l’Estonie en ont une. Ce système permet d’identifier de façon unique chaque citoyen sans la moindre possibilité de fraude. Si un usager perd ou pense s’être fait voler sa carte, il n’a qu’à appeler à un poste de police pour désactiver sa carte et en commander une autre.

Cette carte leur permet d’avoir accès à plus de 2400 services en lignes: paiement des impôts (en moins de 5 minutes), accès à leurs dossiers médicaux, réclamations. Ils s’en servent à l’école, dans les bibliothèques et dans les transports en commun. Ils s’en servent comme carte d’assurance maladie, de passeport pour la zone européenne, et même leur permettent de voter électroniquement. Lors de la dernière élection, plus de 40% des Estoniens ont voté par voie électronique. Également, les entreprises comme les banques, les pharmacies, utilisent ce système pour identifier les personnes. Seuls les mariages, les divorces et la vente d’immeubles ne peuvent se faire en ligne (pour l’instant).

Une des premières mesures qui a été mise en place est de définir un cadre légal pour l’intégration de ce service. Ces lois stipulent que l’accès à Internet est un droit social inaliénable au même titre que l’électricité et l’eau potable. De plus, les usagers restent propriétaires de toutes les données publiées sur eux. Ils ont un droit absolu de divulguer ou non les informations les concernant et peuvent en disposer comme ils le veulent. Contrairement à ici où les entreprises et le gouvernement restent propriétaire des informations sur les usagers et dans la plupart des cas, peut en faire ce qu’ils veulent. Pas mal pour un ancien pays soviétique!

Le succès de l’implantation et de l’adoption de cet identifiant numérique est basé sur quelques grands principes comme la transparence, la connectivité, le contrôle des données par les usagers et sa simplicité. Également, ils ont fait table rase des technologies et des systèmes existants dès le début ce qui leur a permis d’être plus efficace et de réduire les coûts d’implantation (ce qui pourrait être plus difficile dans notre cas).

Bref cette conférence m’a juste convaincu que nous sommes encore à des années-lumière dans l’utilisation des technologies. Comme l’a mentionné M. Guy Cormier de Desjardins, il n’existe aucune raison valable pour qu’un tel système ne soit pas mis en place, sauf de la volonté politique. Lors de cette conférence, nous étions à peine une dizaine de personnes et j’ai trouvé cela triste, car plusieurs autres personnes comme le Ministre Caire auraient pu en bénéficier.

Comme disait Churchill «Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge».