Régis Labeaume et Philippe Couillard, au lendemain de l'attentat de la Grande Mosquée de Québec.

Pour une double commémoration

Le maire de Québec souhaitait commémorer l’attentat de la Grande Mosquée de Québec de façon sobre. Cette insistance sur la «sobriété» de la cérémonie, appelle d’abord à une activité profondément humaine, et donc idéalement épurée de toute connotation politique et partisane. Je me demande comment il se sent aujourd’hui devant cette demande d’une journée nationale visant à dénoncer l’islamophobie. On est bien loin d’une sobre cérémonie.

Par ailleurs, une commémoration en réponse à notre refus collectif de toute violence perpétrée pour des raisons idéologiques ou religieuses, appelle en même temps la nécessité de rappeler le sacrifice de six résidents de Lac-Beauport qui ont été tués alors qu’ils terminaient un séjour humanitaire au lointain Burkina Faso. Ces deux tragédies ont la même cause (utilisation de la violence extrême pour exprimer une conviction) et la même ampleur des conséquences (mort de six victimes innocentes).

Après avoir vécu collectivement un déséquilibre aussi incompréhensible que décevant, surtout de la part de la classe politique, dans les condoléances exprimées aux familles endeuillées de la Grande Mosquée de Québec et celles de Lac-Beauport, il me semble que le moment serait bien choisi pour manifester notre solidarité à ces 12 victimes d’extrémistes.

Dans le meilleur des mondes, on devrait pouvoir tenir un événement œcuménique et rassembleur: une double commémoration, au même lieu et en même temps. J’imagine déjà voir les musulmans de Québec manifester leur solidarité à l’égard de ces familles de Lac-Beauport, et celles-ci faire de même à leur endroit, en se tenant la main pour dénoncer ensemble haut et fort les radicalismes de tous bords. Ce serait une manifestation hautement symbolique d’un vouloir vivre ensemble, bien concret, dans le partage du deuil et du refus des extrémismes idéologiques ou religieux.

Si pour différentes raisons, une telle cérémonie ne pouvait avoir lieu, j’ose croire que l’on aura au moins la décence de souligner le sacrifice des humanitaires de Lac-Beauport. J’ose croire également que si une journée nationale était décrétée, que celle-ci ne portera pas exclusivement sur l’islamophobie, mais sur l’utilisation de la violence au nom d’idéologies ou de religions.

Germain Desbiens, Québec