L'auteur de cette lettre d'opinion souhaite une modernisation de la Loi sur la chiropratique.

Pour une chiropratique moderne au service des patients

POINT DE VUE / Depuis maintenant près de 50 ans, la chiropratique est reconnue comme étant une discipline du système de santé au Québec. Régie par la Loi sur la chiropratique, notre profession n’a jamais cessé d’évoluer et de s’adapter aux changements technologiques et aux progrès scientifiques.

Depuis toujours, nos 1340 membres s’assurent d’offrir des services de qualité qui répondent aux besoins de la population. Nous avons tous quelqu’un dans notre entourage qui «ne jure que par son chiro» et qui le recommande sans hésitation. Cette relation de confiance s’est développée au fil des ans grâce au professionnalisme et à l’engagement de nos membres, mais plusieurs défis demeurent.

L’un de ces défis est la modernisation de la Loi sur la chiropratique qui a été adoptée en 1973, il y a maintenant 46 ans. La modernisation de cette loi permettra à l’Ordre des chiropraticiens du Québec de mieux protéger le public. Depuis 2002, l’Ordre poursuit ses démarches afin de jouer un rôle encore plus prépondérant dans le système de santé. Après plus de 15 ans d’efforts, il commence à y avoir urgence d’agir d’autant que le système est à bout de souffle.

Depuis la dernière élection, le gouvernement Legault a maintes fois répété sa volonté de désengorger le réseau de la santé en confiant plus de responsabilités aux divers professionnels de la santé. Ces derniers mois, la ministre McCann a posé plusieurs gestes qui rendront le réseau de la santé plus accessible, plus efficace et plus décentralisé. En suscitant la collaboration entre les professionnels de la santé, le gouvernement du Québec démontre qu’il souhaite placer le patient au cœur du système de santé en favorisant des partenariats efficaces et durables entre les spécialistes au profit de la population.

En début d’année, la volonté exprimée publiquement par la ministre de la Santé et des Services sociaux, Mme McCann, de reconnaître le droit de poser un diagnostic aux infirmières praticiennes spécialisées, droit reconnu par la suite par le Collège des médecins, est un exemple de la direction à prendre, de l’approche à favoriser. Le récent projet de loi 31 faisant des pharmaciens de véritables intervenants de première ligne en leur permettant d’exécuter de nouveaux actes est un autre exemple probant d’ouverture et de collaboration interprofessionnelle. Le patient pourra bénéficier de nouveaux services en pharmacie, ce qui contribuera à désengorger le système et à réduire les délais indus.

Cette ouverture de la part du gouvernement ne peut qu’être applaudie. La collaboration entre les différentes professions médicales est la voie à suivre pour l’avènement d’un système de santé plus accessible, efficace et décentralisé, et nous, chiropraticiens, pouvons, et voulons, y contribuer.

Malgré une formation universitaire doctorale de cinq ans, les chiropraticiens, dans certaines situations, doivent encore inutilement adresser certains patients à un médecin afin qu’ils puissent obtenir une prescription alors que le chiropraticien pourrait très bien le faire de façon autonome. Cependant, la loi actuelle ne leur permet pas. Une aberration! Par exemple, si un patient se présente dans une clinique de chiropratique avec des symptômes d’arthrite inflammatoire, le chiropraticien ne pourra pas lui prescrire les analyses biomédicales nécessaires afin de poser le diagnostic adéquat et, par la suite, de commencer rapidement le traitement approprié. Cette situation retarde non seulement la prise en charge du patient par le chiropraticien et nuit à sa guérison, mais constitue également un frein à la collaboration interprofessionnelle puisque, dans ces arthrites inflammatoires, une cogestion du patient chiropraticien-médecin est nécessaire. En ce sens, l’accès du patient à des soins de qualité est compromis par une formalité légale.

Cette situation entraîne une multiplication d’étapes coûteuses pour le réseau de la santé en plus de compliquer accessoirement la vie des patients; patients qui souhaitent avoir un accès rapide à des soins de qualité, en toute sécurité. Une nouvelle loi sur la chiropratique réduira les obstacles et les étapes qui engorgent à l’heure actuelle le système de santé et favorisera l’accès du patient au meilleur traitement selon ses maux et dans de meilleurs délais.

La désuétude de la loi actuelle pénalise indûment le public en l’empêchant de bénéficier de l’étendue des services que pourraient leur offrir les chiropraticiens si la loi était actualisée en fonction de leurs connaissances et de leurs compétences actuelles, en adéquation avec les outils cliniques, diagnostiques et technologiques à notre disposition.

C’est parce que nous sommes d’avis qu’un système de santé mettant à contribution l’ensemble des ressources et des compétences professionnelles du Québec est nécessaire que nous souhaitons voir cette loi modernisée. Nous sommes en 2019. Il est temps que l’ensemble des intervenants du domaine de la santé au Québec adopte une approche d’ouverture, de complémentarité et de partage des compétences si nous voulons reprendre le contrôle des dépenses et assurer de meilleurs services à la population.

Les troubles musculosquelettiques sont la principale cause d’incapacité dans la population québécoise et constituent 35 % des indemnisations de la CNESST. Ils représentent près de 15 % des consultations médicales de première ligne. Un meilleur ciblage des examens et des consultations médicales réduira l’engorgement dans les urgences, favorisera une prise en charge directe des patients et générera des économies de coûts du système. Ce ne sont là que quelques exemples bénéfiques du décloisonnement de la pratique médicale et d’une meilleure utilisation des compétences professionnelles.

Le travail de modernisation de notre système de santé doit se poursuivre en misant sur la collaboration entre les professions. Les chiropraticiens sont prêts et formés pour relever un tel défi.