La députée Hélène David
La députée Hélène David

Pour un PLQ plus humble

POINT DE VUE / À l’occasion d’une récente lettre ouverte, la députée Hélène David invite avec enthousiasme à un «vivre-ensemble politique plus humain, plus juste», soulignant l’importance de la collégialité entre partis politiques et de la bienveillance. C’est fort gentil à elle.

Sur papier, il y a de bien belles choses écrites par la députée de Marguerite-Bourgeoys, notamment lorsqu’elle évoque le piège alléchant d’une «partisanerie parfois bébête et mesquine». Mais au final, tout ceci sonne faux, les apparats sont si scintillants qu’ils ne trompent personne. Il y a une gêne évidente à voir une députée du Parti libéral du Québec (PLQ) nous vanter ses actions transpartisanes, nous parler de santé mentale, de bien commun, alors que son parti a été friand d’austérité et s’est fait complice de la rationalité marchande qui contamine toutes les sphères de nos vies, minant de ce fait la santé mentale de nombreuses personnes au sein de la population. Quel toupet jumelé d’une mémoire sélective de la part de la députée. Alors qu’elle se berce de «collégialité» et d’«humanisme», nous nous souvenons des longues années du PLQ, à saper la solidarité humaine et le bien commun des Québécois à coup d’actions méprisantes.

Mme David évoque la fonction d’être députée, plaide de faire les choses autrement, mais ce qu’on lit de sa plume ressemble encore et toujours à la même soupe indigeste où elle se flatte de ses propres actions, accumule les lieux communs et quelques mots clefs (diversité, violences sexuelles, enfants) comme autant de leviers clientélistes. À la lire, on dirait qu’elle s’est trompée de parti pour s’emballer de la sorte sur la question sociale. Elle souhaite réduire toutes les formes de violences et d’inégalités sociales, c’est heureux, qu’elle débute donc par relire les programmes successifs du PLQ, elle y verra peut-être la célébration du statu quo en cette matière, la mise à mal de l’État-nation et la poursuite de la logique marchande qui détériore les liens sociaux. Certes, les autres partis ne sont pas blancs comme neige, mais le PLQ, de mémoire récente, c’est tout de même la destruction des services publics pour mieux l’offrir sur un plateau d’argent au privé, le laisser-faire quant aux milliards perdus dans les paradis fiscaux, le gaspillage de plusieurs dizaines de milliards annuellement en corruption, la hache dans les programmes sociaux et les groupes communautaires. Puis, n’oublions pas le quatre milliards de compressions entre 2014-2016 seulement et l’instrumentalisation de la question de l’immigration. 

C’est aussi s’agenouiller bien bas devant les lobbys pétrolier, pharmaceutique, minier et des médecins, et on le répète, c’est l’auto-sabotage quasi complet de nos acquis sociaux et des services à la population. «Collégialité», disait Mme David. Où est la collégialité quand le PLQ recourait à l’utilisation du bâillon pour des projets de loi déplorables (notamment les réformes en santé)? Ainsi, plutôt que de se vautrer dans la vertu médiatique, pourquoi ne pas se garder une petite gêne, voir prendre une part de responsabilité dans l’état actuel des choses?

Bref, prendre un certain recul sur leurs actions passées et présentes ne ferait pas de mal. La rédemption éventuelle du PLQ ne débutera que par une certaine humilité, une retenue, voir un minimalisme dans la forme et le propos. La charge vous semble forte à l’endroit du PLQ? J’en conviens. Elle est aussi rude et brutale que peut l’être le reflet dans la glace d’hommes et de femmes qui ont si souvent brillé par leur lâcheté.

Mme la députée, même si votre parti a lui-même contribué à creuser les récentes fractures sociales dont vous parlez dans votre lettre, je vous souhaite une excellente année 2020, car il est toujours possible d’espérer des lendemains qui chantent. Meilleurs vœux.