Le projet d'un promoteur de construire 20 logements dans la maison Béthanie a récemment été bloqué par référendum.

Pour stopper le fléau

Je suis membre du groupe qui a démarché le quartier depuis février dernier afin de recueillir l'appui d'opposants au changement de zonage de la maison Béthanie. La désertion des résidents des centres-villes des plus grandes villes du monde au profit d'appartements touristiques s'installe progressivement dans le Vieux-Québec, et ce, sans que les autorités municipales en fassent de cas. L'émission Enquête de Radio-Canada a diffusé récemment un reportage percutant sur la question de la location touristique, spécifiquement sur la location d'appartements situés dans de nouvelles tours d'habitation au centre-ville de Montréal. Et que dire de Venise qui s'enfonce de manière irréversible, désertée par ses résidents permanents?
À Québec, on devrait faire semblant que ça n'existe pas? Avec l'appui de notre conseil municipal, il est encore temps d'empêcher la propagation de ce fléau! Uniquement dans notre zone, désignée comme celle de la maison Béthanie, le porte-à-porte que nous avons fait depuis plusieurs mois nous a permis de constater que des immeubles entiers de notre secteur sont déjà destinés à ces fins de location à court terme, la gangrène est déjà «diagnostiquée».
Aux fins du référendum, la liste électorale a été révisée et sa publication a confirmé ce que nous avions constaté sur le terrain. Plus de 300 adresses (portes) sur les 672 adresses de la zone n'ont pas de résidents inscrits ou connus. Nous réalisons que certains de ces appartements sont loués à des locataires qui travaillent à Québec quelques jours par semaine. Ceux-là nous les considérons comme des voisins résidents qui participent à la vie de quartier, mais les autres logements sont carrément loués à des fins touristiques.
L'administration municipale est au fait de cette situation. Le promoteur que la Ville appuie dans son projet le fait aussi, puisqu'il en a fait mention dans une lettre qu'il a fait distribuer pour recueillir des appuis. Il en fait mention comme étant des logements vacants. Rectification, ils ne sont pas vacants. La plupart sont loués par le biais d'agences comme Airbnb.
Tentant de minimiser ce risque de location à court terme, en appui au promoteur, la conseillère Chantal Gilbert a déclaré à un journaliste, «Ces gens-là [les touristes avec des valises] sont faciles à identifier [...] ce sera aux voisins de signaler à la Ville les fautifs». Voyons donc! On laisse aux citoyens le soin de faire respecter un règlement difficilement applicable, par dénonciation?
L'équipe du maire Labeaume et certaines de ses conseillères nous accusent d'être atteints du syndrome du «pas dans ma cour». Et bien oui, c'est bien dans notre cour que ça se passe, et pas seulement dans la nôtre, mais dans tout le Vieux-Quebec. Si notre groupe a pu retarder le promoteur, M. Trudeau, de transformer la maison Béthanie en 20 logements, ce n'est que temporairement. Il annonce dans un article du Soleil en date du 11 juillet qu'il reviendra à la charge avec un nouveau projet. 
Ce qui nous fait nous interroger, c'est le commentaire de la conseillère Julie Lemieux qui se réjouit que, dorénavant, la loi 122 soustraira la Ville de Québec de l'obligation de tenir un référendum. Que doit-on comprendre de cette déclaration? La Ville fera-t-elle fi de l'opinion citoyenne et du résultat du référendum? Soyons clairs, on ne veut pas de ces sept studios prévus sur les plans initiaux. Ces studios favorisent la location à des gens de passage, à de la location touristique, dans une zone qui ne le permet pas.
Il y a eu un «semblant» de consultation publique lors d'une assemblée de quartier le 13 février dernier, puis lors d'un conseil d'arrondissement le 13 mars. Les conseillers, à la majorité, ont adopté le changement de zonage, à l'exception de la conseillère Anne Guérette. Ils ont défendu, becs et ongles, le projet du promoteur. On a raison d'être inquiets de voir disparaître les référendums. Comment peuvent-ils prétendre qu'ils feront de la consultation?
J'aimerais préciser à la conseillère Lemieux que ce ne sont pas 10 personnes qui ont fait échouer le projet de changement de zonage de la maison Béthanie, mais les 152 citoyens locataires et propriétaires du secteur qui tiennent à préserver les battements de ce coeur résidentiel du Vieux-Québec. Si les 10 sympathisants du projet et le promoteur n'ont pas réussi à convaincre les autres sympathisants du projet d'aller voter, c'est qu' il n'y en a guère plus d'une dizaine de personnes qui nous ont dit être en accord avec le changement de zonage. Nous les avons rencontrés, ils sont nos voisins, nous respectons leur choix et on s'attend, nous aussi, au respect de nos élus. 
Louise Dussault, Québec