Une majorité de régions vivent un déclin démographique annonciateur, si elles ne sont pas déjà vécues, de difficultés économiques, de carences dans l'accessibilité aux services de base et de problématiques sociales.

Pour que les régions ne sombrent pas dans l'oubli

Le 18 mars prochain aura lieu à Rimouski un colloque sur le développement régional : «Pouvoir aux régions». Ce colloque organisé par les bénévoles du Parti Québécois de Rimouski se veut non partisan. D'ailleurs, les organisateurs ont pu compter sur la participation des acteurs locaux et régionaux, tel que le Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional de l'Est du Québec, pour planifier l'événement.
Nous ne pouvons plus accepter ce discours trop souvent entendu depuis plus d'une décennie, où à la veille des élections on parle des régions et de régionalisation et le lendemain, le parti au pouvoir maintient les diverses mesures sectorielles reposant sur une centralisation des prises de décision affectant le sort des régions.
Il y a eu peut-être une exception, lors du débat sur l'avenir constitutionnel du Québec au début des années 90 jusqu'au référendum de 95. À cette époque, les régions et les territoires ruraux ont inscrit leurs velléités dans le débat et le gouvernement Parizeau avait déposé un réel projet de décentralisation, qui était cependant lié à une victoire du Oui et on connait la suite. 
De leur côté, les gouvernements libéraux, au pouvoir presque sans interruption depuis bientôt 15 ans, ont à maintes reprises fait miroiter la volonté de consulter les régions, de les aider à définir leurs priorités, de s'y adapter, de moduler... mais en bout de piste, le pouvoir décisionnel demeure à Québec où les règles du jeu sont définies pour les fins de reddition de comptes. 
Dorénavant, la région de la métropole et la région de la Capitale-Nationale bénéficieront, à juste titre, de pouvoirs et d'approches différenciées et de leviers de développement qui leur seront propres.
Mais pour les autres régions essentielles au développement du Québec...que propose-t-on?
Une majorité d'entre elles vivent un déclin démographique annonciateur, si elles ne sont pas déjà vécues, de difficultés économiques, de carences dans l'accessibilité aux services de base et de problématiques sociales, très peu rapportées par nos grands médias. Nous assistons à la fermeture d'hebdos régionaux, de coupures de postes à Radio-Canada et TVA. Difficile de crier notre désarroi quand on nous coupe le son. Il est amusant et triste à la fois de voir le branle-bas médiatique sur la perte possible de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques, alors qu'à chaque remaniement de la carte électorale les régions perdent une, deux ou trois circonscriptions dans un silence presque total.
Revenons aux défis du développement régional. L'expérience du passé dénote les limites des approches sectorielles, en silo, et qui malgré le bon vouloir des administrations gouvernementales en région se butent au mur à mur sans véritable modulation en fonction de nos réalités.
Si on veut changer le parcours annoncé à de nombreuses communautés locales, territoriales (MRC) et régionales, il faut revoir la gouvernance des régions, l'utilisation concertée des leviers de développement, soit les programmes et les budgets. Il faut redonner aussi du pouvoir décisionnel à la fonction publique régionale qui connait la réalité du territoire. Utopie, diront certains sauf si les conditions de succès sont mises en place.
En voici quelques-unes :
• Placer le développement des régions sous la responsabilité du Premier ministre via un Secrétariat aux affaires régionales, lequel sera déployé dans chacune des régions du Québec par la présence d'un sous-ministre adjoint pour coordonner l'action gouvernementale.
• Convenir individuellement avec chaque région administrative des modalités de mise en place d'une instance de concertation et de gouvernance qui respecte les spécificités du milieu.
• Instaurer l'Assemblée des régions à titre de lieu de dialogue permanent État/Régions du Québec, laquelle sera présidée par le Premier ministre.
• Reconnaître, accepter et mettre en place les règles de gestion dans l'appareil gouvernemental pour que les décisions soient prises à l'échelle régionale.
• Reconnaître que la mise en oeuvre des programmes doit être modulée en fonction des réalités régionales. 
• Optimiser l'action gouvernementale par une approche intersectorielle et de collaboration entre les ministères ainsi qu'avec les intervenants régionaux.
Avec de la volonté politique, nous pouvons mettre ces conditions en place dès maintenant. Mais convenons que la souveraineté du Québec nous propulserait vers une réelle et complète décentralisation des pouvoirs en région. Dans un Québec souverain, l'État québécois ne pourra pas combiner l'exercice du pouvoir qu'il héritera du Parlement fédéral avec l'exercice de ses pouvoirs actuels. C'est alors qu'un bon nombre de ces pouvoirs devront nécessairement être délégués aux régions, sans quoi le Québec deviendrait contre toute logique l'un des pays les plus centralisés au monde.
N'attendons pas ce grand jour. Il faut commencer dès aujourd'hui à exiger plus de pouvoir aux régions. Dans les domaines de la santé, de l'éducation et des transports notamment, nous luttons avec peu de moyens comparativement aux grands centres. Le temps presse pour changer les choses. Les leaders des régions du Québec de tout horizon et les gens qui y habitent veulent développer leur coin de pays. Elles et ils sont prêts à se mobiliser. 
Voulons-nous au plan politique faire en sorte que cette fois-ci soit la bonne et que le sort des régions ne sombre pas dans l'oubli?
Voulons-nous commencer immédiatement à être souverains dans nos régions et faire la démonstration de nos capacités?
La réponse, c'est OUI.
Harold LeBel, député de Rimouski
Gérald Beaudry, ex-directeur de la CRÉ Bas-Saint-Laurent