Pour profiter du numérique en santé

Une révolution technologique se profile à l’horizon pour notre système de soins de santé. Elle améliorera la rapidité et l’exactitude des diagnostics. Elle transformera les soins à domicile et donnera aux chirurgiens les outils nécessaires pour effectuer des opérations à distance. Elle représentera, pour le Canada, une occasion de bâtir un meilleur système de soins de santé, plus efficace et moins coûteux.

Grâce à la robotique, l’intelligence artificielle et l’impression en 3D, les patients pourront, au quotidien, prévoir l’arrivée d’une crise cardiaque, être avisés en cas de carence en insuline ou recevoir un membre artificiel en quelques heures. Les gens en viendront à exiger le même niveau de service pour leur santé que celui qu’ils reçoivent pour l’entretien de leur voiture. Peu importe le trouble dont ils sont atteints, ils voudront un remède le jour même et non dans plusieurs mois ou plusieurs années. De nos jours, même si vous réussissez à prendre rendez-vous avec le chirurgien le plus brillant sur terre, rien ne vous garantit que vous arriverez à le rencontrer avant qu’il ne soit trop tard.

Les patients seront moins disposés à attendre avant d’obtenir un traitement. Il faudra beaucoup de planification et des changements considérables devront être apportés à la culture institutionnelle.

Sur une période de quatre mois, les membres du Comité sénatorial des affaires sociales, des sciences et de la technologie ont écouté avec fascination les témoignages de spécialistes et ont visité des universités et des hôpitaux de la région d’Ottawa où l’on met au point ces technologies. Nous avons observé l’impression en 3D d’une attelle pour maintenir en place un poignet fracturé. En 15 minutes, à l’aide d’un appareil portatif, l’attelle était prête.

La principale recommandation de notre nouveau rapport sur les répercussions potentielles de l’intelligence articifielle, de la robotique et de l’impression en 3D sur les soins de santé vise à ce que le gouvernement fédéral organise régulièrement une conférence nationale qui regrouperait un vaste éventail de professionnels du système de soins de santé, de représentants gouvernementaux, de communautés autochtones et, bien sûr, de chercheurs. La première conférence servirait à mettre sur pied des groupes d’experts ainsi qu’un secrétariat chargé de coordonner les travaux et de faire état des progrès au gouvernement fédéral.

Nous avons opté pour cette voie puisque le Canada doit demeurer à la fine pointe de ces technologies et doit rester au courant des enjeux éthiques et sociaux qui découleront assurément de ces innovations. Nous nous préoccupons évidemment de la protection des renseignements personnels des patients, tout comme nous sommes d’avis que les humains doivent demeurer en position de contrôle. Nous envisageons les robots comme des assistants mécaniques aux professionnels de la santé et aux travailleurs sociaux, qui s’occuperont ainsi des nombreuses tâches répétitives et routinières. Les robots ne devraient pas être en charge.

On observera des pertes d’emplois, la création de nouveaux emplois et des changements dans les tâches de postes actuels. La révolution technologique des 20 dernières années montre que ces bouleversements sont inévitables. Il nous faudra surtout former et sensibiliser les professionnels de la santé et les patients pour qu’ils puissent avoir confiance en ces nouvelles technologies. Par exemple, si l’intelligence artificielle a un avis différent que le médecin au sujet d’un diagnostic ou d’un traitement, lequel des deux le patient croira-t-il? Le médecin sera-t-il disposé à accepter que le robot ait peut-être raison?

Nous n’avons pas la réponse à toutes les questions — et personne ne peut prétendre les avoir —, mais d’après tous les témoignages que nous avons entendus, une chose est certaine : nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre que ces changements se produisent. Nous devons être proactifs, et nous devons être prêts.

Kelvin Kenneth Ogilvie et Art Eggleton, président et vice-président du Comité sénatorial des affaires sociales, des sciences et de la technologie