«Les chevaux ont, tout comme nous, une limite psychologique face au travail», soutiennent des cochers qui demandent à respecter ces limites.

Pour le bien-être des chevaux

POINT DE VUE / Incident du 29 septembre : lettre ouverte des cochères et cochers du Vieux-Québec

Les cochères et cochers du Vieux-Québec ont appris avec indignation l’incident du 29 septembre dernier à la Place d’Armes. C’est sans surprise, cependant, que nous avons reçu la nouvelle. Nous l’avons dit et le répétons : le patron de Calèches Québec, M. Simon Mainguy, place ses propres intérêts financiers devant le bien-être de ses chevaux en adoptant des pratiques insensées et dangereuses.

Dimanche dernier, vers 19h30, une jument du nom de Fille s’est emballée, est montée sur le trottoir et est retombée sur le poteau qui sert d’attache pour les chevaux à la Place d’armes, près du Château Frontenac. Elle s’est blessée à l’intérieur de la cuisse et a saigné abondamment. La jument est à l’hôpital vétérinaire de Saint-Hyacinthe et a entamé une longue convalescence. Cette jument était une nouvelle recrue et a été mise au travail de façon intense deux jours de suite après plus d’un an d’inactivité. Le cocher responsable du cheval ce jour-là a jugé bon de terminer sa journée après sept tours, ce qui constitue une pleine journée pour un cheval. Le patron lui a alors demandé de retourner faire un dernier tour et il a obtempéré. C’est alors que l’incident s’est produit. Le comportement de Fille ce soir-là ne surprendra aucun cocher d’expérience. Les chevaux ont, tout comme nous, une limite psychologique face au travail et Fille l’a dépassée, après plus de neuf heures de travail cette journée-là.

C’est exactement à cause de ce genre d’enjeu que beaucoup de conflits éclataient dans les dernières années entre les cochers, qui souhaitent prioriser le bien-être et la santé de leur partenaire équin, et le patron de Calèches Québec. Il y a longtemps que les cochers et les cochères du Vieux-Québec remettent en question les capacités de gestion du propriétaire de cette compagnie, ce dont fait foi la précédente grève, qui a duré plus d’un an. Cet accident en est un exemple flagrant. Un cheval mis à l’entraînement doit suivre un protocole de mise au travail progressif, tout comme les athlètes humains, ce qui n’a pas été le cas. Bien sûr, le risque zéro n’existe dans aucune activité impliquant du vivant. Cependant, il est du devoir d’un propriétaire de calèches d’assurer la sécurité des chevaux sous sa garde. Dimanche dernier, nous estimons que le patron de Calèches Québec a encore manqué à son devoir.

Nous souhaitons que l’industrie perdure dans le temps. Depuis 1665, pas une année ne s’est écoulée sans que les sabots d’un cheval ne foulent les rues du Vieux-Québec. Également, nous sommes conscients de l’enjeu éthique entourant le travail des chevaux dans le Vieux-Québec et soucieux d’adhérer aux plus hauts standards en la matière. Nous sommes désolés que cela soit entaché par les décisions et les pratiques d’un seul acteur, soit le propriétaire de Calèches Québec.

Soyons clairs : nous savons très bien que cette lettre mènera sûrement à des sanctions disciplinaires de la part de l’employeur, allant jusqu’à une tentative de renvoi. Malgré tout, nous ne pouvons pas rester les bras croisés devant les actions d’un propriétaire délinquant. Celui-ci a maintes fois fait la preuve qu’il est indigne du privilège qui lui est conféré. Ce que nous demandons à la Ville de Québec est très clair : les autorités ont le devoir de retirer à M. Mainguy ses permis. Plusieurs employé.e.s ont émis le souhait de former une coopérative de travail afin de permettre à l’industrie de survivre et aux emplois d’être conservés. Dans le cas contraire, nous préférons encore perdre nos emplois que de continuer à voir les chevaux mis entre les mains de personnes sans scrupule.

* Signataires :

Vincent Boissonneault, cocher chez Calèches Québec

Stéphanie Pagé,cochère chez Calèches Québec

Raynald Drouin, cocher chez Calèches Québec

Philippe Thibault, ancien cocher

Jean Lafontaine, cocher chez Calèche Québec

Kaley Robertson Court, ancienne palefrenière et ancienne cochère chez Calèches Québec

Emmanuelle Chaloux, ancienne cochère chez Calèches Québec

Pier-Luc Lamoureux, ancien cocher chez Calèches Québec

Denis Adams, ancien cocher chez Calèches Québec

Lény Painchaud, cocher

Laura-Maude Fiset, cochère

Nicholas Lachance, ancien cocher chez Calèches Québec

Emmanuelle Chaloux, ancienne cochère chez Calèches Québec

Mathieu Tremblay-Vachon, ancien cocher et ancien palefrenier chez Calèches Québec

Raphaël Giguère, ancien cocher chez Calèches Québec

Dario Indijic, ancien cocher chez Calèches Québec

Donald Côté, ancien cocher chez Calèches Québec

Léo Therrien, ancien cocher chez Calèches Québec

Mizael Bilodeau, ancien cocher chez Calèches Québec