La caricature d'André-Philippe Côté du 28 mars qui a plu à l'auteure de cette lettre d'opinion.

Pour en finir avec les signes dits «religieux»

POINT DE VUE / Je voudrais tout d’abord remercier André-Philippe Côté pour avoir apporté un peu de fraîcheur dans ce débat stérile et ridicule des signes dits «religieux» et de la prétendue contagion qu’ils risquent de susciter. Un petit gars, à quatre pattes, cherche un Pokémon égaré sous son lit. Commentaire du père : «son enseignante voilée l’a islamisé»! Ajoutez-y la qualité du dessin qui rend les personnages particulièrement expressifs, et vous ne pourrez qu’en rire.

Toutefois, le dessin illustre bien l’espèce de paranoïa qui a saisi une partie de notre société depuis que, faute de main-d’œuvre, elle fait appel à des personnes venues de pays pauvres ou en guerre cherchant à offrir à leurs familles une vie meilleure. Je fais partie de ces immigrés. Je suis une Française, née en Algérie, après qu’un de mes ancêtres ait eu la curieuse idée d’accepter de «peupler le pays». Il a découvert que le pays était déjà bien peuplé. Mais ceci est une autre histoire…

Ma mère était directrice d’école (laïque) et mes grands-parents habitaient à des centaines de kilomètres. Ma mère a donc embauché une gardienne : elle portait un niqab. Rassurez-vous : il n’y eut aucune contagion et, quelques années plus tard, je me suis, moi aussi, bravement opposée à mon curé pour ne pas porter de foulard à l’église. Et, comme je tenais l’harmonium, j’ai fini par être exonérée… Je me souviens de Fatima comme d’une femme aimante et chaleureuse à laquelle un petit coin de mon cœur est encore réservé, maintenant que j’ai largement dépassé son âge. Mon «troisième papy», tout le monde l’appelait «Le Bachagha». C’était un ami de mon père. Il portait un turban.

Plus tard, j’ai sillonné l’Afrique subsaharienne, musulmane aux deux tiers environ, pour inaugurer des coopératives scolaires que l’association que je présidais y avait installées. J’ai pu constater qu’aucune des femmes actives et efficaces que j’y rencontrais ne portait de foulard. Les vieilles dames et les jeunes filles non plus. Elles se protégeaient du soleil de façon efficace sous des chapeaux de paille quand elles travaillaient et sous de coquettes ombrelles quand une de leur main était disponible.

J’ai donc voulu en savoir plus. J’ai acheté un Coran et je l’ai lu. Par petits bouts. Comme la Bible, on n’en fait pas une lecture in extenso, d’un seul coup. Chaque sourate donne à réfléchir. Et, comme pour la Bible, j’ai fait moi-même mon analyse des prescriptions du Prophète. Je n’ai trouvé qu’un seul passage faisant allusion à un foulard. Mahomet, attaqué de toute part, est forcé de se défendre. Beaucoup de ses guerriers sont tués. Il recueille donc leurs femmes. Comme la plupart des femmes dans le monde du VIe Siècle, elles ne travaillent pas et risquent d’être réduites à la mendicité ou à la prostitution. Et comme, bien entendu, elles font l’objet d’avances peu galantes dont l’une d’entre elles se plaint au Prophète. Il réplique, de mémoire : «mets donc un foulard sur tes cheveux. S’ils ne les voient pas, ils te harcèleront moins». Le Livre ne dit pas si le remède a été efficace.

Comme bien des rituels catholiques, le voile dit «islamique» n’est pas une prescription religieuse, mais une habitude culturelle. La preuve : les femmes, chrétiennes comme musulmanes, d’Afrique subsaharienne s’en passent fort bien.

De même que l’Inquisition n’avait rien à voir avec l’enseignement du Christ, même si Isabelle est surnommée «la catholique», l’État dit «islamique» n’a rien à voir avec l’Islam, religion de paix, d’ouverture à l’autre, d’accueil et de tolérance, où l’étranger, forcément différent, doit être secouru et respecté.

Daesh et Torquemada, même combat obscurantiste pour mieux dominer des humains ignorants. Le vrai combat contre ces monstres, c’est l’éducation : une éducation laïque, tolérante et respectueuse des différences.