Il y a beaucoup de confusion dans l’appellation des bioplastiques : dégradables, biodégradables, oxobiodégradables, compostables…  
Il y a beaucoup de confusion dans l’appellation des bioplastiques : dégradables, biodégradables, oxobiodégradables, compostables…  

Pour en finir avec les problèmes liés au plastique: les bioplastiques

Paul Lavallée
Physicien retraité du département de physique, UQAM
DES UNIVERSITAIRES / Plus qu’utile, le plastique est devenu indispensable dans de nombreux aspects de notre vie : alimentation, vêtements, chaussures, médecine, électronique, loisirs, automobile, agriculture, aviation… Mais il faut admettre que nous l’utilisons beaucoup trop librement et que nous devons réduire fortement notre consommation. Or, dans tous les secteurs que nous avons mentionnés, les bioplastiques peuvent remplacer avantageusement les pétroplastiques.

Il y a beaucoup de confusion dans l’appellation des bioplastiques : dégradables, biodégradables, oxobiodégradables, compostables…  Le bioplastique d’intérêt ici est celui qui obéit aux normes européenne (NF EN 13432) ou américaine (ASTM D6400). Selon ces normes, un bioplastique doit se décomposer en milieu industriel en 90 jours ou moins et ne laisser que de l’humus, de l’eau, et du gaz carbonique (CO2), sans résidus toxiques.

Les plastiques actuels ont quatre défauts majeurs :

1- Ils sont basés sur le pétrole, dont on cherche à se débarrasser.

2- Le recyclage est un échec.

Le recyclage nécessite le tri d’innombrables objets de composition, de forme, de taille tellement différentes qu’il est impossible de l’effectuer de façon rentable, et le plastique neuf est aujourd’hui moins cher que le recyclé. Après 70 ans de rodage, le recyclage des plastiques plafonne à un taux d’environ 10 %. Il en résulte des amoncellements monstres de plastique partout sur la planète : dans les dépotoirs, dans les milieux naturels et dans les océans. La porte des pays qui, hier encore, recyclaient nos déchets, est maintenant fermée.

3- Ils sont nocifs pour la santé.

Les pétroplastiques contiennent des additifs qui servent à leur donner les caractéristiques souhaitées : résistance à la chaleur, au froid, aux UV, rigidité, flexibilité… Plusieurs de ces additifs sont toxiques pour les humains ou les animaux (par ex. le bisphénol A et le phtalate). En se dégradant, ils deviennent des micro ou nano plastiques qui s’insèrent dans la chaîne alimentaire jusqu’à l’humain.

4- Ils détruisent la faune et la flore

L’accumulation de plastique dans la nature menace la vie de millions d’animaux terrestres ou marins. Qui n’a pas vu les images de ces oiseaux morts de faim, l’estomac rempli de morceaux de plastique? Et que penser de ces filets de polypropylène qui flottent entre deux eaux pendant des décennies et dans lesquels s’empêtrent les baleines?

Le bioplastique permet d’éviter ces quatre inconvénients :

1 - Issus de végétaux, ils sont carboneutres.

Les bioplastiques qui répondent aux normes citées plus haut sont représentés par deux grandes familles. Les PLA (Acide Poly Lactique) sont fabriqués à partir du maïs, du manioc ou d’autres végétaux. Ils sont compostables en usine à une température de 65 °C. C’est le bioplastique le plus vendu aujourd’hui.

L’autre famille, les PHA (PolyHydroxyAlcanoate), sont fabriqués par des microorganismes qui se nourrissent de produits organiques:  végétaux de toutes sortes, parties non comestibles de végétaux ou d’animaux, résidus de table, rognures inutilisables de végétaux, et même d’eaux usées. La famille des PHA inclut plus de 150 monomères qui peuvent être combinés pour obtenir des polymères aux propriétés très différentes, dont tous n’ont pas encore été explorés.

2 - Les PLA et les PHA, étant des produits organiques, ils peuvent être compostés pêle-mêle (sans tri), même souillés par des aliments et décomposés par des microorganismes, contrairement aux pétroplastiques.

Les PHA possèdent en outre une qualité précieuse : en plus d’être compostables en usine, ils se dégradent dans la nature sans intervention de l’homme. Un objet fabriqué en PHA aboutissant dans la nature deviendra du compost en un temps comparable à celui de tout déchet organique. Si tous les objets susceptibles de se retrouver dans la nature étaient faits de ce bioplastique, les amoncellements de plastique seraient chose du passé. Un sac, un câble ou un filet de PHA égaré dans l’océan ou la forêt ne sera un danger pour la faune qu’en termes de semaines plutôt que de décennies ou plus. Toutefois, il ne faut pas voir cette propriété d’un permis de polluer! Comme pour les déchets de table, il faudra en disposer de manière appropriée.

3 - Une autre propriété des PHA est leur digestibilité par les animaux et les humains : le bouchon ou le sac avalé par un animal sera digéré et traversera son tractus intestinal comme de la nourriture.

Serait-il possible de se convertir aux bioplastiques demain matin?

Il est certain qu’un tel changement de cap doit s’effectuer progressivement et en douceur. L’exemple de l’Italie mérite d’être connu. Jusque vers 2010, ce pays croulait sous les ordures ménagères : on y a implanté la collecte des déchets organiques, qui devaient obligatoirement être déposés dans des sacs compostables. Les débuts ont été chaotiques, les gens, les municipalités, les composteurs, les recycleurs, tous ont protesté, même la pègre s’en est mêlée. La première année, il y avait jusqu’à 15 % de sacs de pétroplastique dans les déchets organiques, ce qui rendait obligatoire une élimination de ces sacs. Une réglementation sévère a vite réduit à 4 % l’utilisation des sacs non conformes. Aujourd’hui, aucun commerce d’Italie n’a le droit d’utiliser des sacs non compostables, et les Italiens se sont débarrassés de leurs déchets organiques, de leurs sacs de pétroplastique et ils financent la collecte des déchets organiques en vendant le compost et le méthane qu’ils récupèrent de cette collecte.

Paul Lavallée est auteur du livre Les végéplastiques, 2016. Éditions Multimondes, et membre Des Universitaires