Pour en finir avec les droits de l’homme

OPINION / Dire le féminin haut et fort, c’est encore bien souvent ramer à contre-courant : le discours public reste fortement masculinisé en français. Bien sûr, l’Académie française vient d’admettre que je puisse me déclarer autrice et traductrice. C’est une bonne nouvelle, mais il n’y a pas de quoi en faire un plat : la féminisation des noms de métier est monnaie courante au Canada français depuis plus de 30 ans. Pour nous, elle allait de soi, elle rend simplement compte de la place qu’occupent les femmes sur le marché du travail.

La même logique a poussé le Canada a choisir le terme « droits de la personne » dans sa constitution pour exprimer la notion qu’ailleurs on désigne toujours par l’aberrante expression « droits de l’homme ». Essayez d’expliquer ça à vos collègues anglophones : le principal organe œuvrant à défendre et promouvoir les droits fondamentaux de tous les êtres humains s’appelle en français Conseil des droits de l’homme. Ses travaux reposent sur un document intitulé Déclaration universelle des droits de l’homme.

Et le reste de l’humanité — le deuxième et le troisième sexe — il a des droits? N’est-il pas ironique que les personnes dont il faut défendre le plus vigoureusement les droits dans le monde sont celles que le Conseil et la Déclaration universelle des droits de l’homme bafouent par leur titre même?

Sous peu, Maryam Monsef, ministre des Femmes et de l’Égalité des genres et ministre du Développement international, se rendra à New York avec une importante délégation pour la session annuelle de la Commission de la condition de la femme de l’ONU. J’appelle la ministre et les déléguées à saisir l’occasion pour discuter une modernisation de la terminologie avec les autres États francophones présents.

Le Canada se targue d’être un chef de file en matière d’égalité des sexes. Il a là une belle occasion de montrer la voie, s’il veut bien la saisir.

Marie-Josée Martin,

Traductrice agrée et autrice,

Ottawa